Premiere journee a bord de l'Utrillo
Le mercredi 6 mai au matin, nous faisons nos adieux à ce couple de couch surfers qui nous a aidees gentiment pendant 3 jours et nous partons avec nos bagages vers le point de rendez-vous, au rond point de la rue principale. A 9h30, Ryan qui travaille pour la compagnie de cargo que nous prenons vient nous prendre en voiture. De derrière ses lunettes de soleil, il nous explique que l'Utrillo a un jour de retard parce que la mer était trop agitée à Napier et que l'équipage du cargo est compose de roumains et de philippins. Nous roulons vers le port, dans l'expectative. La voiture passe un contrôle ou on montre nos passeports et nos visages. Ensuite nous roulons le long de centaines de containers empiles et colores avec le nom des compagnies peintes dessus : Hamburg Sud, CMA CGM, Maersk, etc... Le cargo sur lequel nous embarquons fait partie de la compagnie CMA CGM. D'autres compagnies nous ont écrit qu'ils prennent des passagers mais cette compagnie est la seule qui nous a fait une réduction. Il faut dire que Camille y a mis le paquet en expliquant notre projet de tour du monde sans avion. Je pense que le fait qu'elle soit française et que ce soit une compagnie française a joue également.
Une fois la voiture garee, nous marchons en suivant un chemin trace a la peinture jaune le long du quai. Il est la ! En train d'être charge et décharge a l'aide d'énormes grues, un tanker pompe l'essence du cargo pour la remplacer. Toutes excitées, nous montant a l'assaut du vaisseau par une passerelle avec nos gros sacs a dos. Deux têtes souriantes nous accueillent. Ils ont des combinaisons de travail bleues et des casques. On nous fait signer un registre. On monte une volée d'escaliers puis on prend l'ascenseur jusqu'au pont E ou on dépose nos bagages dans une chambre très propre avec deux lits douillets et une penderie, une salle de bain avec une douche et une toilette et on nous montre notre salle de séjour ou on voit au passage une grande table, des fauteuils et une TV. On nous guide un étage plus haut, sur le pont F, dans le bureau du capitaine Calinescu qui nous tend la main et nous propose un café ou un Seven Up. On remplit une décharge de responsabilité puis on lui présente nos documents. Il fait faire une photocopie de nos passeports et de notre carnet de vaccination (ou il regarde bien qu'on a été vaccinees contre la fièvre jaune pour l'arrivée à Manzanillo, le port après le canal de Panama ou on débarque). Puis il nous présente le troisième officier qui nous s'occupe de tout ce qui est administratif a bord du bateau et de la sécurité. On a rendez-vous avec lui le lendemain a 13h pour un tour du cargo et des explications quant a la sécurité a bord.
Rolando est le mess man du cargo. C'est lui qui fait les chambres et qui sert les officiers a table. Il nous reconduit au pont E dans la salle de séjour ou il nous montre le petit frigo et nos réserves d'eau, de lait et de jus de fruits. Il y a également de l' « American copi » (café filtre) nous désigne-t-il fièrement, des DVD et des livres. Apres, il nous amène au pont C, il y a la buanderie des officiers ou on peut faire notre lessive, au pont B la salle a manger des officiers et notre petite table ou repose un service pour deux personnes et au sous sol, près des machines, la piscine de 3 mètres sur 3 et la salle de gym ou trônent deux vélos, un rameur et un siège de musculation. Rolando est petit (« less than 6 inches ») et son large visage est accentue par des sourcils noirs et touffus qui se froncent quand il parle. Il rit souvent d'un rire très communicatif. C'est la personne qui parle sans doute la moins bien anglais de tout le bateau mais il est très bavard!
Il est 10 heures du matin et le cargo quitte le port de Tauranga vers 17h00. Nous demandons a retourner a terre et aller vite sur Internet et dépenser nos derniers dollars néo-zélandais. Ryan nous conduit dans le centre en voiture. On envoie un dernier messages a nos familles et on essaye d'obtenir les dernières informations sur le passage de frontière entre Panama et la Colombie, ce qui va s'avérer une autre paire de manches car il est interdit de passer la frontière par la terre, il faudra le faire en bateau (ferry ou voilier). Avec nos derniers dollars, nous achetons des fruits et des biscuits car nous connaissons déjà l'heure des repas et nous avons peur d'avoir faim entre 12h et 19h ! Notre coté goulafes prend le dessus...On revient a pieds au poste de contrôle d'où un gardien nous conduit en voiture jusqu'au quai. Apres nous avoir demande si c'est notre premier trajet en cargo et si on étudie encore (le gens pensent souvent qu'on a dans les 22 ans !), il fait remarquer que les philippins avec qui il a a faire quand ils débarquent des cargos sont très polis et souriants contrairement aux roumains ou aux russes qui sont rustres et froids. Nous trouvons sa remarque déplacée, pleine de préjugés mais malheureusement après quelques jours de cargo, nous serons bien obligées de reconnaître qu'il n'avait pas tout a fait tort.
A midi, nous descendons au restaurant. Les hommes attablés nous lancent un « Bon appétit » et continuent de manger en silence. Il sont sept attables a une grande table. Nous avons une petite table ronde rien que pour nous deux et nous avons vue sur les cuisines. Ronaldo nous apporte de la soupe puis un plat avec de la viande (du poisson pour Camille car elle déjà dit qu'elle est végétarienne) et des pommes de terre. Pour terminer il y a un fruit. C'est très bon mais gras. Nous pensions être attablées a la table des officiers et pas sur une petite table séparée. Heureusement que nous ne faisons pas ce trajet seule ! Nous constatons que cette pièce est pour ceux qui préfèrent manger « à l'européenne », c'est ici que prédomine la pomme de terre (que nous mangerons a tous les repas pendant 3 jours). Dans l'autre pièce, a cote de la cuisine, c'est le deuxième chef coq qui prépare des plats typiquement philippins a base de riz. Donc, les officiers philippins mangent de l'autre cote et les marins roumains mangent à la table du capitaine dont le plus jeune du bateau (24 ans) et semble être impressionne d'être a cette table car il ne sortira jamais un mot de sa bouche.
Nous montons jusqu'au pont F puis encore une volée d'escalier jusqu'a la passerelle.
C'est la salle des commandes et la salle des cartes. C'est de la qu'on a la vue sur tout le navire (sauf la proue) et que la cargo est pilote. Le capitaine et des officiers observent le chargement et le déchargement. Ils nous invitent a observer la scene. C'est intéressant de voir ces énormes containers être transportes comme des plumes du bateau au quai ou inversement. Des camions-grues s'activent sur le quai. Les roues de ce véhicule sont prolongées par des barres en acier et les chauffeurs conduisent à des mètres au dessus du sol. Ils se glissent au dessus des containers pour ensuite les transporter au lieu dit, telle ou telle rangée de containers attendant sagement sur le quai. Le capitaine nous apprendra que c'est le port le plus efficace. C'est un moment épuisant pour l'équipage car le cargo est arrive aux aurores, ils s'occupent de la marchandise et ils repartent. Imaginez quand il y a plusieurs ports de suite en quelques jours !
Ce cargo fait une boucle de deux mois et demie. Il y a trois autres cargos de la même compagnie qui tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre sur cette boucle. Son trajet est le suivant : Rotterdam, Le Havre, Dunkerque, Etats-Unis (New York, Savannah), Manzanillo, le canal de Panama, certaines îles du Pacifique (Tahiti, Fidji, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie), l'Australie (Sydney et Melbourne), la Nouvelle-Zélande (Napier, Tauranga), le canal de Panama, Manzanillo, Etats-Unis (Savannah, Philadelphie, New York), Tilbury et Rotterdam a nouveau. Le cargo continu en permanence, ce serait une perte d'argent que de s'arrêter. Par trajet, il y a un million de dollars de bénéfice net (sans compter les frais au siège mais en incluant le salaire de l'équipage te les coûts du cargo). Nous resterons dix-sept jours à bord de l'Utrillo, le plus long « voyage » de la boucle sans arrêt dans un port. C'est un moment de repos pour l'équipage mais aussi un moment de réclusion total car nous ne verrons la terre qu'une seule fois (l'île Rapa en Polynésie française) et nous ne croiserons aucun autre cargo !
Il y a une rotation de l'équipage permanente. Le capitaine reste le temps d'une boucle ainsi que les officiers roumains puis restent chez eux pendant minimum un autre trajet pour se retrouver deux mois et demi plus tard. Le reste de l'équipage roumain à des contrats plus long, je pense de quatre mois à cinq mois.
Les officiers philippins ont un contrat de 6 mois et le reste de l'équipage, 9 mois. Avant, c'était jusqu'à plus d'un an mais ils devenaient un peu zinzins à la fin contrat, ça pouvait même être dangereux pour le reste de l'équipage. Les philippins gagnent de 1200 à 1500 euros par mois.
Tout l'équipage travaille tous les jours de la semaine sauf le dimanche après-midi pendant quatre heures sauf les officiers qui continuent leurs quarts sur la passerelle. Toutes les quatre heures, c'est un autre officier qui prend le relais. Chaque officier fait deux quarts, par exemple de 4 heures du matin à 8 heures et de 16h a 20 heures.
Les cuistots évidemment travaillent tous les jours sans relâche.
Grâce au lien de confiance et de respect que nous établirons avec ces hommes, nous en apprendrons tous les jours un peu plus sur leur vie a bord mais aussi sur leur vie une fois a terre avec leurs familles.
L'après-midi, nous prenons place dans la salle de séjour en y installant nos livres, des feuilles, des crayons... nous avons vue sur les containers et la grue. Nous apprendrons que ce cargo a 190,6 mètres de long, 30, 61 mètres de large 16, 60 mètres de tiran d'eau et peut avoir jusqu'a maximum 2262 unités de containers (1392 sur le ponte et 870 dans les calles). Pour 'instant, il n'est pas a son maximum de chargement. Ceux-ci contiennent de tout : des oignons, du parfum, de la viande, 100 containers de pommes néo-zélandaises (on les a peut être emballées !) qui seront décharges a Philadelphie, des produits inflammables (ces containers sont a l'avant du cargo)... « but no explosives » nous rassure sérieusement un officier, encore heureux !
Vers 17h30, nous montons à la passerelle mais il n'y a personne. Ceux qui travaillent dans les machines sont actifs depuis un certain temps déjà. Il faut une bonne heure pour que le moteur se mette en marche. Vers 18h00, un appel général annonce qu'on va quitter le port. Le soleil s'est couche. La passerelle est plongée dans l'obscurité pour que le pilote qui nous accompagne jusqu'a la sortie du port aie une bonne visibilité. Doucement, l'immense vaisseau décolle la proue du quai à l'aide de ses turbos avant. Deux camionnettes avec des gyrophares enlèvent les amarres qui sont récupères par des marins a bord de l'Utrillo. On avance dans la nuit. On apprendra plus tard que pour faire marche arrière, ce cargo devrait d'abord arrête le moteur puis se mettre en position marche arrière et redémarrer le moteur ensuite, ce qui prend un temps fou. Il a donc besoin d'un grand espace pour appareiller. On s'enfonce dans le noir a petite vitesse, a bâbord scintillent les lumières de la ville, plus loin ce qu'on pourrait prendre pour des guirlandes de noël, sont les bouées vertes a tribord et rouges a bâbord qui indiquent le chenal a suivre et d'autres bouées qui clignotes en blancs blanches (un danger isole, une cardinale). Dans le silence et le calme qui nous entoure, le pilote transmet des informations a l'homme a la barre: « autant de degrés a bâbord » puis il corrige « redressez a autant de degrés ». Le barreur répète les instructions. Nous contournons l'isthme et le « mount » que nous avions escalade deux jours plus tôt. Un bateau pilote nous ouvre la route. Une fois en pleine mer, le pilote-neo-zelandais sert la main au capitaine, met son gilet de sauvetage et descend vers le petit bateau qui va le ramener au port de Tauranga. Le capitaine Canilescu qui a repris les commandes, donne les indications pour la route à suivre, la route à 75 degrés Est, toujours a l'est pour plus de 6400 miles nautiques. Nous quittons l'Océanie après quatre mois de périple... je pense qu'en voyageant par la terre, on se rend encore plus compte de la distance énorme qui nous sépare de la Nouvelle-Zélande, de la Tasmanie... C'était une belle aventure et nous y avons fait des rencontres extraordinaires. Mais c'est avec joie que nous continuons vers l'est et que nous nous rapprochons enfin de nos pays respectifs, de nos familles et de nos amis. Les étoiles brillent dans la nuit.
Nous redescendons pour le repas du soir... de la viande ou du poisson et des patates. Nous remercions les cuistots et nous nous dirigeons vers la salle des philippins qui ont l'air plus bavards que les roumains. Ils nous accueillent chaleureusement et nous offrent des sièges pour regarder le championnat de boxe pour le champion du monde. Le philippin gagne en six minutes. Il écrabouille d'un revers le visage de l'anglais qui se retrouve knock-out. On parle un peu avec l'équipage. Ils ont tous un très bon niveau d'anglais. Ils l'apprennent à l'école et passent un test avant de monter a bord puisque c'est la langue de travail sur tous les bateaux.
Notre première nuit est agitée, le bateau tangue et roule sur les vagues. Quand cet ainsi, pour stabiliser le bateau, ils remplissent certains réservoirs d'eau de mer qui seront pompes par la suite.
Deuxième journée, visite du cargo
Le matin, on peut prendre le petit déjeuner à partir de sept heures. Nous avons du pain et des céréales, parfois de yaourts. Les philippins ont du riz ou du pandisal (des petits pains prépares par le second cuistot). Nous connaissons le menu du jour grâce aux nouvelles que Jeffrey, le troisième officier affiche dans notre salle de séjour et dans les deux salles a manger. Outre le menu, on est informées d'un éventuel drill de sécurité abord du bateau ou du changement d'heure. Le cargo avançant d'une allure constante- entre 18 et 19,5 n%u0153uds- nous avançons notre montre d'une heure tous les deux jours. Il est plus difficile de se lever ces matins-la ! Un jour après la Nouvelle-Zélande, nous passons l' « International deadline », c'est-à-dire qu'au lie d'être 10 en avant sur La Belgique ou la France, nous sommes 14 heures en arrière, donc nous sommes le même jour que la veille !!! Nous vivrons donc deux vendredi 7 mai 2009 (c'est ce phénomène qui fera gagner Phileas Fogg dans son pari du tour du monde en 80 jours) !
A 13 heures, après un repas a base de viande et de pommes de terre, nous suivons Jeffrey. C'est un philippin de 35 ans et nous sommes d'accord sur le fait qu'il est le plus mignon du navire ! Il est très consciencieux et motive par son boulot et nous fera visiter le cargo de fond en comble. On met les casques blancs qui sont dans notre chambre pour visiter le cargo de fond en comble. La sécurité d'abord : ont essaye les gilets de sauvetage et on déroule la combinaison anti-froid qui nous couvrirait entièrement des pieds a la tête. Ensuite, nous nous dirigeons vers les canots de sauvetages : il y en a deux submersibles qui contiennent tout l'équipage. On entre dedans et on démarre le moteur, on vérifie les provisions et Jeffrey nous explique le système de poulies qui fait descendre le canot dans l'eau. Si ce système ne fonctionne pas, il y en a un autre manuel. Les câbles sont graisses et vérifies régulièrement. Si il n'est pas possible de descendre ce canot pour une raison quelconque, il y a des canots de sauvetage gonflables qui sont éjectes automatiquement au contact de l'eau, deux de chacun 16 personnes. On vérifie aussi les bouées pour un éventuel homme à la mer et des gilets de sauvetage sur le pont au cas ou certaines personnes n'auraient pas eu le temps de prendre les leurs. On constate également qu'il y a un système qui détecte la fumée et met l'alarme en marche (un signal court suivi d'un plus long).
On marche le long du bord pour aller à l'avant du cargo. Nous sommes en dessous des containers du pont et au dessus de ceux qui sont dans la cale. A la proue du navire s'activent Alex et Job. Ce dernier est surnomme Buzon, qui est l'avant du bateau et c'est ou il travaille. Il est le maître des lieux et active l'ancre et les amarres quand c'est nécessaire. Ils sont en train de remplacer des un des énormes winch car ça fait huit ans qu'il a été installe et il est tout rouille. Il nous explique comment jeter les deux énormes ancres de plusieurs tonnes. Durant le séjour, je viendrai de temps en temps a l'avant du bateau, pour prendre l'air, voir l'avancement des travaux, discuter et voir les dizaines de poissons volants qui volent a l'approche du navire. Leurs ailes brillent et ils volent sur presque 50 mètres. C'est très beau! Buzon en trouve parfois le matin, échoues sur le pont. On observera de près celui qu'il a mis au congélateur pour manger !
On continue notre tour en regardant tous les points ou on peut mettre une lance d'incendie. On verra plus tard sur une vidéo présentée à tout l'équipage que les containers peuvent prendre feu, surtout les containers frigo a cause d'un court circuit dans le système ou si c'est surchauffe. Il y a plus de trois cents containers frigo a bord qui transportent toutes sortes de denrées. Chacune d'elle doit être conservée a une température spécifique : la viande entre moins 18 et 20 degrés Celsius, les pommes entre zéro et moins cinq degrés... Cyprian et Dimitrius, deux roumains, s'occupent de vérifier la température des containers deux fois par jours, ça leur prend deux heures. Ils sont tous les deux discrets, sympathiques et joviaux.
Il y a un tunnel qui passe en dessous de tous les containers. Nous ne sommes pas sensées le visiter mais grâce a notre plus beau sourire, Jeffrey nous accorde la permission. Les compartiments sont fermés par des portes étanches, au cas ou il y aurait une inondation. Il faudrait alors totalement isoler la partie inondée et remplir le compartiment équivalent sur l'autre bord pour la stabilité du bateau. Le tunnel en tôle est vide. Nous remontons, contentes de notre promenade !
Notre vie a bord
Nous qui avions peur de nous embeter a bord de l'Utrillo, c'est tout le contraire qui s'y passe bien qu'a la fin du voyage, les jours se ressembleront et il sera difficile d'en dissocier un d'un autre jour dans nos souvenirs. Nous trouverons chacune notre rythme. Camille préfèrera se lever vers 10-11 heures du matin mais se coucher tard la veille. Je préfère me coucher tôt et me lever juste après l'équipage, entre 7 et 8 heures. Apres avoir dit bonjour aux cuistots, je vais faire un tour sur le pont et taper sur l'ordinateur mis a la disposition de l'équipage. Ils sont une pause café de 10h a 10h30. Camille fait alors son apparition puis on va chacune faire nos exercices quotidiens, Elle du yoga (elle a investit dans un livre sur le sujet) et je me défouler a la salle de gym. Cette petite salle un peu glauque est juste à cote machines du moteur, donc il y fait crevant de chaud mais j'aime bien cette petite promenade sur mon vélo blanc. Je pédale en répétant mes leçons d'espagnol et j'en ressors dégoulinante puis je remonte bite sur le pont E par les escaliers extérieurs en n'espérant croiser personne sur mon passage ! Je retrouve Camille toute zen grâce à ses exercices.
Nous lisons beaucoup, mais mois que nous pensions le faire, car il y a une bibliothèque pleine de bouquins en anglais et en français ainsi que des magazines, un peu anciens, il est vrai. A cote de l'armoire avec les bouquins, se trouve la table de ping-pong, tous les philippins savent jouer et on fait des doubles presque tous les soirs. Camille deviendra la terreur a bord !
Nous avons également un TV avec des DVD mais nous ne l'utiliserons que trois fois sur le séjour car nous partagerons la passion du karaoké avec les philippins ! Il parait qu'avec les batailles de coqs et le basket, le karaoké est le sport national dans ce pays. Ils apprennent a chanter depuis qu'ils sont tout petit et ils chantent magnifiquement bien tous les styles de chansons mais de préférence des chansons d'amour: Elvis Presley, Shakira, .... On choisit les chansons dans un livre puis on introduit qui lui correspond et enfin les paroles défilent sur l'écran avec en toile de fond, des paysages des Philippines, de l'Indonésie mais aussi Amsterdam, Paris (« Ma tour ! » crie Camille) etc... Et une fois la chanson terminée, le score apparaît sur l'écran accompagne un commentaire : « Try singing? », « Need more effort », « What an excellent singer ! » L'ambiance est bon enfant. Certains sont vraiment accros à ce jeu. Camille et moi ne connaissons pas beaucoup de chansons de la sélection, donc nous chantons toujours la même chose. La favorite de Camille est « All by myself... », moi je fais plutôt dans les Beatles.
La cuisine et ses cuistots.
La cuisine deviendra un de mes lieux favoris car l'équipe est très accueillante et ne demande pas mieux qu'on pose des questions ou qu'on mette la main a la pâte. La première fois que nous demanderons à entrer dans ce lieu sacre, ce sera pour faire des donuts avec du glaçage rose (« for the girls ») et vert. Ensuite, ils nous apprendrons à faire toutes sortes de pains, de la marinade pour la viande et du poisson, de la semoule etc... J'aiderai pour les choses simples comme la crème fraîche sur le gâteau, couper les fruits pour la salade de fruits etc... Nous avons même nos propres tabliers accroches dans la cuisine. Camille demande à voir la réserve. Il y a les denrées non périssables tel que les dizaines de kilos de riz, les conserves etc... et puis les quatre congélateurs : pour la viande (des carcasses entières des moutons néo-zélandais...), celui pour le poisson et les fruits de mer, celui pour les produits frais tels que les légumes et enfin les produits laitiers. Chaque jour, le chef coq inscrit la quantité de chaque denrée qu'il utilise puis trappe un rapport qu'il donne au capitaine. Ils utilisent 7 euros 50 maximum par personne par jour.
L'équipe se compose de David, le « major » comme on dit aux philippines, suivi du « second mejor », Brigido et enfin Rolando, le mess man, qui travaille de concert avec eux. Ce sont trois bons pères de famille. David et Brigido nous ont montre les photos de leurs quatre enfants. Avant de travailler dans différentes compagnies de cargos, David a travaille dans un Holliday Inn puis au Koweït. Un de ses postes était sur un cargo qui transportait uniquement du pétrole et dont le trajet partait de la mer rouge, passait le canal de Suez puis le Bosphore pour aller en Roumanie et en Ukraine puis traverser la méditerranée, passer le détroit de Gibraltar et longer les cotes du nord de l'Europe jusqu'en Lituanie. J'ai décrit ce trajet juste pour vous donner une idée des voyages que tous ces gars ont déjà fait. Ils en ont traverse des mers !
Brigido a travaille pendant six ans en Arabie Saoudite puis a commence a travailler sur les cargos en 1992 a partir du Pirée avec une compagnie grecque. Apres 16 ans de service, il parle bien le grec et sait cuisiner des moussakas, pastichos, tiropitas... Il a également eu une formation de boulangerie de pâtissier. C'est lui fait le pain et est responsable des repas de l'équipage philippin. David est responsable des repas occidentaux ou disons de l'est car c'est beaucoup a base de pommes de terres. Il y a des betteraves rouges et des cornichons en bocaux sur la table, sans doute une exigence du capitaine.
La cuisine de David est très bonne mais très grasse et nous avons peur de devenir énormes, c'est pourquoi nous demandons de ne manger que de la salade en soirée, sans toute fois faire l'impasse sur le dessert auquel nous avons du mal à résister. Je pense qu'il faudrait toujours être en de bons termes avec le cuistot sur un bateau. Certains roumains n'ont pas l'air de l'avoir compris et les cuistots ne leur gardent jamais de pain ou de dessert, contrairement a nous ou a d'autres membres de l'équipage.
A la fin de la journée, ils lavent tout de fond en comble pour éviter les cafards : ça s'active et savonne dans tous les sens ! Une fois par semaine, ils lavent la hotte.
La passerelle
Un des lieux préfères de Camille est la passerelle ou elle peut discuter allégrement avec les officiers. J'y monte également pour regarder les cartes, comprendre le fonctionnement des instruments, voir les éventuels dauphins (deux petits en quinze jours)... Parmi les officiers, il y a Daniel, un roumain de trente ans (first mate, responsable en chef de la sécurité, du chargement, de l'inventaire...bref, de tout un tas de trucs. Il passe son temps a faire des rapports et a deleger a ses subordonner le check de l'équipement a bord du cargo et son entretien), Jimmy un philippin (deuxième officier, responsable des centaines de cartes a bord et des livres) et Jeffrey qu'on a déjà présente. Ils font les quart a trois sauf la nuit ou ils sont secondé par un autre matelot. Tout est électronique sur le pont : radars, boussole, lock, logiciel permettant d'identifier un autre vaisseau (son nom, sa course, le type de bateau...). Ils reçoivent les prévisions météos tous les jours et les corrections à effectuer sur les cartes toutes les semaines. Nous faisons a peu près 400 miles par jour et nous n'apercevrons qu'un île sur tout le trajet, celle de Rapa en Polynésie française. Ca fait du bien de voir la terre ! On l'observe longuement aux jumelles. Sinon, rien, le bleu de la mer encore et toujours, plate ou agitée avec des crêtes blanches puis le ciel bleu ou nuageux et de nuit, soit éclaire par la pleine lune ou d'un noir d'encre (alors, toute la cabine de pilotage est plongée dans l'obscurité) avec seulement les étoiles pour se repérer. Peu a peu, les constellations se déplacerons dans le ciel au fur et a mesure de la navigation et je ressentirai comme un soulagement un sentiment de me rapprocher enfin de chez moi en voyant la grande ours que nous n'avions pas vue depuis presque cinq mois...
A l'heure ou j'écris (10h40 le 20 mai), Camille vient de m'appeler de la passerelle avec le téléphone interne pour m'avertir qu'on voit la terre a bâbord ! Je me lève pour aller sur le pont et voir un mince filet de terre très loin sur l'horizon. En quinze jours, n'avons pas non plus croise d'autres cargos mais seulement deux voiliers de nuit. Les gars de quart nous ont appelle quand ils sont entre en contact par radio avec le deuxième voilier. Camille a discute avec eux par radio (en passant du canal 16 au 74). C'était un couple norvégien avec un petit garçon de deux ans voyageant pendant quatre ans. Ils nous ont demande la météo et l'heure qu'il est car ils ne savent pas exactement dans quel fuseau horaire ils se trouvent. Ca dépend du trajet, du vent et des arrêts en court de route mais je pense qu'il faut une moyenne de quatre mois pour traverser le Pacifique en voilier !!! Ce sera pour une autre fois !
Pour rester en contact avec le monde extérieur, le capitaine reçoit les nouvelles par Internet satellite. Il nous les donne tous les jours. Nous sommes au courant de l'évolution de la grippe mexicaine, de la déclaration de paix au Sri Lanka (Camille en verse des larmes de joie car elle a été en mission là-bas), de ce que dit Obamah sur l'avortement etc...
Les machines
Notre visite du bateau n'est pas terminée, il manque encore les machines, cet énorme moteur qui met le cargo en branle et tourne 24 heures sur 24 pendant 17 jours !, s'arrête pour charger et décharger puis reprend de plus belle et ce pendant des années. Ce cargo a été conçu par des chinois il y dix ans, il est encore en bon état car il est bien entretenu (enlever la rouille, graisser, peindre etc..., c'est ce dont les matelots responsable du pont).
Il y a 9 membres de l'équipage qui travaillent constamment dans la calle pour s'occuper du moteur (dont quatre ingénieurs, un électricien, un « motorman », un assistant électricien etc...). Ils ne voient que la lumière du jour au pause et ont constamment des boules quies ou des casques dans les oreilles tellement le bruit crée est par les machines est intense. C'est l'ingénieur en chef qui s'est propose pour nous guider. C'est individu aux longs cheveux (d'ailleurs, nous ne l'appelons pas Eduard mais « longs cheveux ») et qui sent la cigarette est d'habitude la personne la plus désagréable du bateau. Il se balade avec un nuage noir de mécontentement autour de lui mais cette après midi la, exceptionnellement, il prend le temps de nous expliquer et d'écouter nos questions. C'était fut très instructif bien qu'il faut préciser que Camille et mois ne sommes pas des as du moteur a combustion et ne sommes pas familières avec les pistons ou autre... Il a donc deux fois plus de mérite de nous avoir développe le sujet de long en large !
Nous visitons la salle des opérations ou tout est informatise et en contact direct avec els machines. Il n'y a pas de quart de nuit mais l'alarme se met directement en route si un problème survient. Il faut savoir que, grâce à un système de filtre, le cargo crée à partir l'eau de mer l'eau avec laquelle nous nous douchons et cuisinons ! Le moteur du cargo est plus ou moins similaire à un moteur diesel. Il fonctionne à partir de résidus d'essence qui sont chauffes pour les rendre liquides. Un ingénieur nous en apporte un échantillon. Nous parcourons les quatre étages de machines, de pompes de refroidissement etc... Longs cheveux essaye de nous donner les informations en nous les susurrant dans l'oreille malgré le bruit assourdissant et nos casques (nous ressemblons à Mickey Mouse). Evidement, cela nous fait beaucoup rire et nous ne comprenons pas la moitie malgré nos airs entendus et concentres. Nous arrivons jusqu'en bas, ou il y a le moteur qui manie le gouvernail. S'il y a une panne d'électricité, le second générateur se met en marche. Puisque tous les engins électroniques se seront éteints, sur la passerelle il faudra alors naviguer avec la boussole, et dans la salle des machines il faudra manier le gouvernail a la main. Nous assisterons à un exercice sur le sujet pendant le séjour. Pour arriver au ponton, nous remontons par la cheminée du cargo ! Longs cheveux nous invite à regarder le plan du cargo et nous offre un Seven up.
La fête.
Pour égayer tout ce petit monde, le capitaine demande aux cuistots et au mess man de tout organiser pour un barbecue à l'arrière du navire. Ca a lieu tous les mois environs et nous avons la chance d'être a bord le samedi 9 mai. Des tables sur des tréteaux avec des nappes blanches et des couverts en plastic sont transportes a l'arrière, ainsi qu'une stéréo et tout le matériel pour faire griller de la viande et du poisson ! Vers 18h30, tout le monde commence arrive. Brigido a fait une pizza, du riz et du calamar farci. Le capitaine m'offre généreusement du vin. Ronaldo en déposait tous les jours gracieusement sur ma table mais je n'avais pas envie d'être la seule à boire de tout le navire, l'équipage ne boit que le dimanche ou a certaines occasions. Encore une fois, il y a une table avec les roumains et l'une avec les philippins, c'est dommage pour eux qu'ils ne se parlent pas beaucoup. Nous aurions aime danser mais on n'entend pas la musique a cause des remous du moteur. On aide a débarrasser la table a la fin du repas.
Les « drills ».
La sécurité et la prévention sont les thèmes les us importants a bord. C'est pourquoi, quasi chaque semaine, Daniel (officier en chef) et Jeffrey (troisième officier) organisent un drill, une simulation de ce qui pourrait arriver. Heureusement ce ne sont pas des vrais incendies etc... et pour cette raison, Camille et moi nous aimons beaucoup suivre ces séances avec attention. Nous y apprenons pas mal de choses. Ce sont aussi les seuls moments ou tout l'équipage est réuni sauf le capitaine qui fait la navigation à la passerelle. De plus, en cas d'abandon du bateau, il sombrera peut être avec son bateau (s'il le décide) et donc ne sera plus la pour diriger les opérations.
La première simulation affichée sur le programme est un drill d'abandon du vaisseau a 16h30 mais c'est une sirène qui indique l'incendie qui retentit. Nous montons a la passerelle avec nos casques et notre gilet de sauvetage. Le capitaine, hilare à notre vue, dit qu'on doit redescendre et attendre le mess man. Rolando vient effectivement nous chercher dans notre salle de séjour et nous le suivons au pont B. Tous les matelots qui sont déjà prêts avec leur combinaison (même les cuistots), leurs casques et leurs gilets. Le premier officier descend en trombe d'un air mécontent : « Que faites vous habilles de la sorte ? C'est la sirène de l'incendie et non d'un abandon de navire qui a retenti ! ». Les voyant tous déjà prêts, le capitaine a décide de bluffer l'équipage (en changeant le programme a la dernière minute) qui se dépêche de se déshabiller. Les hommes designes enfilent leurs combinaisons ANTI FLAMMES. Ils sont trop comiques surtout le quatrième ingénieur qu'on ne reconnaît pas tout de suite mais il est petit et son casque tombe en permanence. C'est du sérieux. Ils disent que les flammes attaquent le moteur. Tout le monde se dirige a l'arrière du navire et chacun prend son poste : a la lance a eau, au générateur, en observateur ! L'un des hommes en combinaison attache une ficelle à sa taille et la donne a l'un des hommes qui reste sur le pont. S'il a un problème, il tire un certain nombre de coup. Ca me fait penser à la légende de Thésée dans le labyrinthe du Minotaure. Une fois la simulation terminée, les trois hommes enlèvent leurs combinaisons ruisselantes de sueur. Un débriefing a lieu avec le capitaine qui est assez mécontent. Ensuite Daniel prend la parole sur un ton méprisant. Je n'aime pas son attitude vis-à-vis de l'équipage, ni les gens qui assoient leur autorité de cette manière pourtant il est charmant quand nous lui demandons des explications sur la passerelle et il connait plein de choses.
Les semaines suivantes, nous assisterons a un abandon de navire. A notre grande déception, nous en montons pas tous dans le canot de sauvetage submersible... il y a trop de vent. Mais tout le monde porte son gilet et son casque... ça vaut quelques photos !
Avant le lancement de l'opération, il y a toujours l'appel des membres de l'équipage. Pour un abandon de navire, chaque matelot dit son nom et ce qu'il a apporte pour mettre dans le canot de sauvetage : de la nourriture, une couverture, une lampe torche... Nous saurions survivre a peu près 13 jours dans ce canot, sans oublier tous les messages de détresse (grâce un logiciel spécialise).
Il y aura également une simulation du gouvernail qui ne fonctionne plus parce qu'il y a une panne de courant et une autre sur la pollution. Une pièce est spécialement consacrée à stocker les sacs de sable, des pelles et des brosses en cas de fuite d'huile ou d'essence. Nous pensons que la notion de pollution n'est peut être pas encore tout a fait assimilée par les membres de l'équipage philippin qui jettent par-dessus bord canettes, couverts et serviettes lors de la fête. Dans la même pièce, et il parait qu'il y en a sur tous les bateaux de la compagnie CMA CGM, nous voyons un cercueil emballe dans du cellophane... brrr, ça nous donne tous la chair de poule ! Il est vrai qu'en plein milieu de l'océan, il faut pouvoir faire face a toutes les situations et que personne n'est capable de nous venir en aide (a part des avions). Certaines discussions a propos du feu ou d'une fuite sont également organises.
Une nuit, vers 4h00 du matin, l'alarme se met à sonner. Le bruit est tellement strident que nous nous levons immédiatement. Nous mettons nos casques, nos gilets et nos chaussures. Nous prenons aussi notre pochette avec note argent et nos papiers, j'empoche mon appareil photo. Nous nous doutons que c'est une fausse alerte générale mais ça ne nous fait plus tellement rire... Cornélius, un ingénieur passe en courant dans le couloir en courant et nous confirme que c'est une fausse alarme. Nous montons quand même sur la passerelle. Jimmy et Darwin sont de garde. Comme il n'a pas informe l'équipage que c'est une fausse alerte et qu'il essaye d'éteindre tous les feux qui sont allume sur la passerelle, celui-ci se tient prêt, tous harnaches sur le pont B. J'aurais aime voir ca ! Le lendemain, on ne parle que de ça !
La vie des marins
Nous nous rendons de plus en plus compte que ces hommes sont courageux et que la vie de marins n'est pas facile, surtout car ils ne voient pas leurs famille pendant des longs mois et qu'ils n'ont presque pas accès a des moyens de communication pour avoir des nouvelles. Ronaldo, qui a des moments de philosophie dira : « The boat is like a jail. We only see the sea. Very hard the life of the seaman but no problem. » C'est vrai que leur travail a bord devient la routine. Apres 17 jours, j'ai complètement perdu la notion du temps.
Grâce a un téléphone satellite qui coûte assez cher, il y a moyen d'appeler et ils le font pour les occasions spéciales. Robert, un ingénieur me donne la larme a l'oeil quand il monte au bureau avec grand sourire sur son visage et sen serrant bien fort le papier ou est inscrit le code pour téléphoner a l'occasion de l'anniversaire de sa fille de sept ans. Dans certains ports (Melbourne, par exemple), il y a un accès gratuit a Internet mais dans d'autres ils n'ont pas le temps de prendre des nouvelles car il travaillent puis le cargo repart de suite. La compagnie a moyen de leur faire passer des messages : Buzona son papa a l'hôpital. Il descendra peut être a Manzanillo en même temps que nous pour rester auprès de son père.
Ils parlent tous de leur famille et de leur pays avec enthousiasme : Cornélius qui décrit son appartement près du port, sa petite voiture et sa fille de 17 ans, Juno qui parle de son fils qui arrache les fleurs qu'il essaye de faire pousser dans le jardin... En ce qui concerne les philippins, en attendant leur retour, leurs femmes s'occupent d'élever les enfants et souvent travaillent ou tiennent le petit commerce familial : un magasin Internet, un petit hôtel etc.... Presque toujours, tout l'argent que les maris gagnent va sur un compte en banque familial et ce salaire très élevé par rapport à un salaire philippin moyen (1800 dollars par mois au lieu de 350 dollars aux philippines) permet aux enfants de faire des bonnes études (criminologie, marin également, médecin...) et a la famille d'avoir un bon niveau de vie (belle maison, voiture etc...). On les entend beaucoup dire qu'ils se sacrifient mais c'est la vie. Certains disent en rigolant que leurs femmes sont méfiantes et jalouses en pensant qu'ils rencontrent d'autres femmes dans les ports, ce qui est sûrement le cas pour certains, mais pas pour la majorité.
Nombreux sont ceux qui ont des frères et s%u0153urs qui ont émigres dans des autres pays. Ils ne les revoient pas souvent mais ont parfois l'occasion de les appeler et de les rencontrer si la route du cargo passe par la.
Camille et moi savons déjà qu'une de notre prochaine destination de vacances sera les Philippines car nous y avons plein d'amis qui sont prés à nous accueillir ! Il y a plus de 7000 îles dans ce pays et chacun ventait les mérites de la sienne !
Passage de l'Equateur : on est baptisées !
Pour terminer la traverser en beauté, les membres de l'équipage te les passagers qui n'ont pas encore passe la ligne de l'équateur sont baptises. C'est comme un baptême étudiant en plus minuscule. Nous sommes 5 à enfiler une combinaison blanche et à se diriger vers la proue du bateau ou va dérouler l'événement. Les jours précédents, on nous a pose des questions telles que : « Tu aimerais te teindre les cheveux en noir ? » ou »es-tu allergique a l'huile sur al peau ? » Le plus drôle de l'histoire, c'est de voir les officiers, les ingénieurs et les marins costumes. Ils y ont mis le paquet !!! Deux prêtres, un médecin, un homme déguise en femme, Neptune, des tritons... ils sont trop drôles et ils ont l'air de bien s'amuser. Chacun a notre tour, nous recevons sur la tête de la mousse à raser, de l'huile et de l'essence de moteur ainsi qu'un %u0153uf et de la farine, la contribution du cuistot. La finale, c'est un immense jet d'eau de mer et la sirène qui se met à hurler ! Cela signifie que nous avons passe l'équateur et réussi le baptême. Nous sommes sur la même latitude que les Galápagos mais les îles sont trop loin pour qu'on les voie. Le capitaine est présent également et rigole. C'était vraiment sympa. Nous nous récurons. Les vêtements sentiront encore après trois lessives.
Les cuistots, à la demande du capitaine, ont prépares des petits fours et des zakouskis pour tout l'équipage. Ils le servent dans le salon des officiers. Les marins se font tout petit. Nous recevons nos diplômes et buvons un coup. Les philippins et les roumains se parlent un peu et l'atmosphère se détend, surtout quand l'un d'eux apporte le logiciel du karaoké. On chante pendant quelques heures. Cheveux longs refuse de chanter s'il n'y a pas Metalica...
Le tour du monde par la terre te par la mer...
Camille a une excellente idée. Comme ils sont nombreux à nous poser des questions sur notre voyage, elle propose de leurs montrer des photos. Nous mettons une affiche et ils sont nombreux à s'installer dans les fauteuils, même deux membres de l'équipage roumain. On a fait une sélection des photos par pays, Camille fait la présentation av de manière vivante et s'interrompt s'il y a des questions. Ils sont très intéresses. On en profite pour leur parler du budget car ils sont beaucoup à penser, comme la plupart des gens que nous avons rencontre en Asie, que nous sommes plein aux as. L'interactivité est très sympa et ils sont assez étonnes de ce que nous avons vu et fait.
A l'heure a laquelle j'écris ces lignes, on voit les cotes panaméennes se profiler a l'horizon. Camille me crie qu'elle a vu une dizaine de dauphins et une tortue !!! Je vais la rejoindre sur le pont...
La passage du canal de Panama commencera peut être dans la nuit. Nous débarquons le 21 au soir ou le 22 au matin.
Le dernier soir
Hier, nous avons ancre près de la ville de Balboa à la nuit tombée vers 21h00. Camille était à la passerelle. J'étais a la proue du bateau pour vois l'immense ancre tomber dans un nuage de rouille ! Juno était aux commandes et Buzon observait et donnait des ordres. Suivant les ordres du capitaine, ils ont laisse file trois « Shakels », c'est-à-dire trois maillons de chaîne plus gros que les autres a des intervalles réguliers. Il y a 8 mètres en dessous de la quille. D'autres navires sont également à l'ancre près à passer le canal. Les philippins décident de pêcher la nuit. Nous avons rendez-vous « a la pupa a las diece ». Ils ont enroules des mètres de fil nylon sur des bouteilles en plastic et au bout de chaque fil, il y a un poids et des hameçon. Les appâts sont des morceaux de calamars ou des plumes, pour attirer les poissons. Je propose de mettre une lampe. Ils l'apportent et on voit les ombres des poissons nageant autour de nos lignes. Soudain, L'excitation est a son comble, il y a un poisson de plus d'un mètre qui se profile !!! Nous voyons aussi des poissons volants, des poissons a longs nez, des raies, des crevettes et volant devant notre nez, une dizaine de pélicans qui passent et repassent dans l'obscurité ! C'est dingue ! Je fais équipe d'abord avec le cuistot. Notre ligne casse ou moment ou un gros poisson gobe un des hameçons... sans doute le monstre. Une fois David au lit, Robert devient mon assistant mais nous ne pêchons pas plus de poissons pour autant... nos voisins en ont déjà 5, 6... ! Apres deux heures d'attente, vers 24h, je monte me coucher. C'est ce moment la que Camille choisit pour descendre. Il y aura une tellement grosse pêche qu'ils cuiront les poissons. Savoureux dirent ils le lendemain matin !
Je sens le bateau qui bouge dans la nuit mais la fatigue l'emporte te on se réveille vers 6h00 du matin juste a temps pour voir les activités qui se déroulent autour du premier lock. Le canal de Panama relie l Ocean Pacifique a la mer des caraibes. Cela prend 12 heures en tout pour un cargo. Nous passons trois ecluses: Miraflores, Pedro Miguel et Gatun. Le canal rejoint le lac de Gatun apres la deuxieme ecluse. Les ecluses sont ters etroites: des bateaux pilotes poussent le cargo qui est ensuite tracte dans le chenal grace a des cables qui sont relies a quatre locomotives a la proue du cargo et qdeux a l arriere. Plus d une douzaine de marins panameens montent a bord pour aider notre equipage a manoeuvrer. Le capitaine est a son affaire et donne des ordres via le talkie-walkie a ses hommes, assiste des deux pilotes qui ont embarque a 3h30 du matin. Le premier lock a deux ecluses, le suivant seulement une et Gatun en a trois. Chaque ecluse se vide ou se remplit, nous montons au descendons au gre des flots. C est tres impressionant. Les portes s ouvrent et se referment chaque fois qu on entre dans une nouvelle ecluse. Quand on passe le canal de nuit, il faut se reperer dans les tournants grace aux deux phares qui s alignent a chaque tournant. Je pense la compagnie depense plus ou moins 40 000 euros pour payer le passage du cargo. Il y a 25 bateaux qui passent le canal chaque jour. Un deuxieme canal est en construction pour les bateaux de plus de 300 metres de long. Dans le lac Gatun, d une jolie couleur turquoise, le chenal est etroit et l Utrillo fait des virages tres serre quand on croise un autre cargo et un soumarin pousse par deux bateaux pilotes! On passe le dernier lock, on descend vers la mer des caraibes et l Oceon Atlantique a chaque lock. Apres avoir passe le lock de Gatun, on appercoit les grues de Manzanillo au loin. On navigue pendant une heure. Des bateaux pilotes nous aident a faire le craineaux entre deux cargos qui sont entrain de charger et dcharger. L Utrillo a peine arrive, va decharger 100 containers et en charger 12, Il repart 6 heures apres, vers 24h. L equipage n a presuqe pas dormi, certains seulement 3 heures et le capitaine pas du tout. Les autorites locales montent a bord. la fin du voyage approche, j ai du mal a y croire. on monte dans le bureau du capitaine. Apparment, il ya un malentendu, les autorites de Panama ne savnt pas que nous debarquons. La femme nous dit de l attendre au bas de la passerelle sur le quai. Nous demandons dix minutes pour faire nos adieux. C est ters emouvant. Rolando retient ses larmes, moi aussi. Les hommes qui travaillent et traspirent pendant qu ils reparent le moteur dans les machines sont heureux qu on descende leur dire au revoir. Brigido nous donne un sac rempli de petits pains. Jeffrey, Juno et Rolando nous ecrit un texte ters touchant. Ils nous saluent tous des differents decks. Je prends des photos! C etait une aventure humaine extraordinaire. Nous nous souviendrons toujours de ces hommes qui ont partage leur quotidien a bord. Nous pouvons temoigner de leur courage et de leur facon positive de voir la vie qui les rend si attachants!
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