L’une des activités principales du Kirghistan, outre les randonnees a cheval, est le trekking. La chaine de montagne des Tian Shan s’y prete particulierement etant une des plus belles du monde. Chargés de lourds sacs (plusieurs litres d’eau, nourriture pour 4 jours, rechaud, tentes…) Patrick, Pauline et moi entamons notre premier jour par un temps splendide. La particularite de la zonede Jeti Oguz tient a un piton rocheux, couleur ocre, brise en 2 par le temps et les elements naturels et dont la forme fait penser a un Coeur brisé. La legende dit que le piton se serait brisé apres que deux amants eperduement amoureux ont du etre separés ! Nous longeons la riviere pendant 12 km kilometres, passant par quelques ponts de fortune et croissant plusieurs yourtes. Les familles installees la pour l’ete ont trouve un site adapté pour faire paitre leurs troupeaux. Les eaux tumultueuses nous offrent un certain repit face a la chaleur, comme une vague de fraicheur. Apres une rude montee, nous arrivons dans la valle ou nous passerons la nuit, entoures de tous les cotes par de hauts pics. Nous apercevons differents cols mais pas celui qui nous attend demain. Encore quelques heures de progression le long de la vallee et nous decidons de planter le campement avant que la nuit ne tombe.
Le froid nous gagne tres vite et notre “festin” (nouilles, thon) ne nous rechauffe que quelques instants.
La journee du lendemain commence par une tres raide montee au col, invisible jusqu au dernier moment. Et meme pire: après quelques virages et faux plats, on croit y etre, mais non, ce n est pas encore la. Les derniers 200 m de denivele positif se font dans la rocaille, changement de décor total, vegetation absente, neige, marmottes, eboulis…Lente progression.
Malgre le vent qui cingle le visage, nous ne manquons pas l’occasion de celebrer notre premier col par une bonne tablette de chocolat!
Attention aux genoux dans la descente, elle aussi abrupte. Des fleurs reapparaissent et de nouveau les differents tons de vert contrastent avec le bleu azur du ciel. Tomate, carottes, concombre, pain et petits biscuits constituent notre dejeuner, Nos pieds deja en souffrance prennent l’air. Mais pas pour longtemps. Une fine pluie nous indique qu’il ne faut pas tarder a repartir. Nous rattrapons un marcheur russe au niveau d’une jonction. Trop confiants, nous en oublions de regarder la carte et nous ne voyons pas qu’il fallait traverser de l’autre cote de la riviere. Nous le suivons donc dans une hazardeuse descente a travers un imbroglio d’arbres, de fourres, de hautes herbes qui s’epaississent a mesure que nous progressons. Arrives a la riviere et après quelques tentatives pour traverser, il faut se rendre a l evidence que ce n ‘etait pas le bon chemin. De fait on se souvient maintenant que notre “faux guide” a enleve du chemin quelques branches posees en travers!! Ce n’etait pas un hazard! On aurait pu s’en rendre compte avant. Le chemin bifurque en fait a droite mais aucun signe visible pour notre defense. Bonne lecon quand meme. Avant de se decider a remonter par le meme chemin pour reprendre la bonne route, on tente de longer la rive mais les pins et la vegetation ne nous laissent pas passer et je me renverse, les pieds en l’air, la tete en contrebas, dans les fourres epineux!!! Retenue par mon sac, j ai bien failli faire plus qu’une simple chute. Heureusement sans consequence et plutot rigolo!! (photo a l’appui!). La fatigue commence a se faire sentir (ca fait deja 6 heures de presque pure montee). On se resigne donc a rebrousser chemin et il nous faut maintenant remonter tout ce qu’on a descendu dans l’espece de jungle epaisse! Le russe lui nous a depuis longtemps oublies et est parti sans meme dire au revoir! Merci gars! Passage a gué de la riviere au bon endroit cette fois, pas facile pour autant avec le desequilibre du sac sur le dos!!! Encore une bonne partie de rigolade! La derniere partie n’est pas moins dure car les descentes sollicitent les cuisses et sont eprouvantes pour les genoux. Une fois encore la vegetation changé du tout au tout. Les yourtes reapparaissent et avec elles les troupeaux. La vallée de Karakol est une des plus belles du Kirgistan. Elle accueille l’ete des centaines de familles qui menent leurs troupeaux faire les reserves pour l’hiver.La vallée nous emmene doucement vers notre point de chute pour la nuit. Sorti de nulle part, un jeune homme nous alpague de loin. Nous croyons d’abord a un de ces”hello, how are you, where are you from ?”. Mais non, il veut tout bonnement de l’argent. Il nous montre tous les justificatifs qui prouvent qu’il est dans son droit de nous demander de payer l’entrée dans le parc national. Nous n’avions aucun idée de cela! Va pour le billet d’entrée !
Alors que nous pensions avoir encore une bonne heure de marche, nous apercevons au detour d’un virage les yourtes de familles qui accueillent des marcheurs. Nous qui pensions aller plus loin pour cette seconde journee, nous dormirons la a cause des 2h perdues betement en faisant un petit tour du voisinnage avec un certain russe!
La famille qui nous recoit nous offre du the et du pain fait maison. Pauline et moi plantons la tente au milieu des chiens, des chevaux et des yourtes!! Un garconnet de 9 ans rentre dans la yourte ou nous sommes après une journee a garder les animaux. Il est epuisé et après avoir a peine touché a son repas, il s’endort a cote de nous, pres du foyer, au chaud. Le lendemain matin, il repartira, alors que nous nous reveillons seulement, vers les paturages alentours et ne reviendra que le soir. Quelle vie! Il galope a toute allure si une des betes s’eloigne et semble aussi a l’aise sur son cheval que mes neveux sur leurs vtt. Durant l’annee il va a l’ecole en ville mais l’ete il aide ses parents. Quelques instants plus tard alors que nous venons de sortir de cette yourte, la cheminee du foyer qui sort du toit par un trou s’effondre, manquant de blesser et bruler quelqu un. Il s’en est fallu de peu.
Nous sommes au croisement de la vallee de Karakol qui va du nord au sud et celle qui monte vers le lac Alakul ou nous nous rendons. Le probleme c est qu on ne voit pas de pont ni de passage vers l’autre rive et la riviere est tres large a cet endroit. Avant de partir, la maman du garconnet nous explique qu’il faut d’abord emprunter le petit chemin qui part derriere les yourtes vers l’ouest (a l’oppose donc de la ou nous allons!) et que le chemin rejoind 15 min plus tard la route carrossable d’ou nous serons en mesure de traverser la riviere! D’accord, clair comme de l’eau de roche. Effectivement après un petit sentier sinueux a travers la mousse, les pins, des tapis de fleurs, nous debouchons sur ladite route. Ce qu’a oublié de preciser la dame c’est s’il faut prendre a droite ou a gauche en sortant ! Notre logique a tous les 3 nous pousse a aller vers la gauche, en bas de la vallee, etant encore un peu hauteur par rapport a la riviere, dont les rapides a cet endroit ne nous laissent pas penser que nous pouvons passer ! Erreur fatale !
La riviere est de fait bien plus calme mais egalement plus large. Nous marchons vingt bonnes minutes avant de nous arreter. Etrange impression par rapport a la carte. Nous avons deja depassé l’embranchement ! Nous sommes trop loin, mais aucun pont en vue ! Il y a 2 bras de riviere a passer. Pauline et moi en passons un a regret apres avoir enleve les chaussures. L’eau, tres froide, jusqu’aux cuisses nous gele le bout des pieds qui, endoloris, reprennent difficilement leur place dans les chaussures. Patrick, plus grand a reussi a traverser autre part sans se dechausser. Mais l’autre bras est bien plus large et le courant trop fort. On continue de se dire que ca ne peut pas etre la. On se dechausse de nouveau pour tenter de progresser et on examine attentivement l’autre rive d’où on croit apercevoir un sentier ! Leur total ! On envisage d’y aller en traversant avec l’eau a la taille, le sac sur la tete !
Deux hommes passent un peu plus loin sur le chemin que nous avons laisse. Je leur demande dans notre russe rudimentaire si nous sommes sur la bonne voie. La reponse est nette : non, bien sur. Ils nous indiquent le haut de la route par ou nous sommes venus. Second jour de trek, seconde fois qu’on se perd. Décidément il va falloir faire mieux. De fait le petit pont etait a droite a moins de 50 m en sortant du petit chemin et non a gauche. Rageant. Mais aucune indication ne laissant prevoir un tel dénouement. La motivation revient et nous entamons donc la journée a 10h ! bravo.
Les prochaines heures se passent dans une jolie foret humide qui monte, très verte, plein de mousses, de troncs qui barrent le chemin et qu’il nous faut escalader. Joli decor pour nous remettre de bonne humeur. Un groupe de touristes en trek organisé est arreté sous une cabane et fortune et dejeune. Il est plus de 12h, on decide de faire de même un peu plus loin. Mais a peine a-t-on sorti tous les ustensiles, les ingredients et mis a chauffer l’eau pour les « noodles » qu’un gros nuage se plante au-dessus de nous et nous deverse sa colere ! On se refugie tant bien que mal sous un rocher un peu creu qui ruissellera sur nous pendant les 20 minutes ou nous serons installes dans des positions comiques suos cet abri temporaire. Epluche legume a la main, on avale vite fait carottes, concombres et nouilles a la pluie et aux cailloux ! Quel enchainement auourd’hui.
On est completement trempes quand on repart. L’orage passe enfin et le soleil permet de secher un peu les affaires en marchant. Les 300 derniers metres de montee jusqu’au lac Alakul sont encore plus abruptes que la veille. Pauline et moi devisons sur tout et n’importe quoi, racontant des betises pour faire oublier le poids du sac et les douleurs aux jambes. Le tonnerre gronde au loin, le ciel devient plus gris. On presse le pas autant que faire se peut ! la recompense est la : un long lac turquoise en forme de haricot et entouré de plusieurs glaciers enormes. Trois tentes sont plantees dans ce vent glacial. Pas question de s’attarder. On poursuit, en pensant echapper a cette deferlante grise qu’on voit approcher vers nous. Au sud, le flanc de la montagne tombe a pic dans le lac, un peu plus loin on entend le glacier rugir et avancer…Au nord, devant nous, le dernier col : 3800m. 400 m de dénivelé positif. Soudain des flocons de neige se posent sur nous, et a peine le temps de realiser ce qu’il se passe que nous sommes pris dans une veritable tempete de neige avec en sus le tonnerre exactement au-dessus de nos tetes. Patrick qui ne s’est pas arrete pour mettre une seconde couche impermeable est plus loin et nous ne pouvons plus communiquer avec lui a cause du vent et du tonnerre. De plus, la visibilite est tombee a moins de 5m.
Tout s’accelere. Le froid devient piquant. Pauline et moi sortons en vitesse gants, echarpes, bonnets. Malgré les differentes couches, on sent qu’il ne faudrait pas longtemps pour faire de nous des petits glacons. Patrick n’est toujours pas en vue alors que la sagesse nous invite a nous arreter. En marchant, nous sommes une cible potentielle d’un eclair. Mais nous ne pouvons pas le laisser seul alors nous poursuivons et nous le retrouvons un peu plus loin apres avoir crié pour qu’il nous entende.
Pendant plus de 30 min, le vent battant nous ralentit, l’absence de visibilité rend aleatoire notre progression mais des cairns (tas de pierres) jonchent le chemin et indiquent la direction. Le blanc manteau contraste maintenant avec le bleu turquoise du lac qui se decouvre a nous a mesure que l’orage s’eloigne. Le calme apres la tempete ! Nous restons dans un silence monastique devant le paysage. Quelle etrange impression apres avoir traverse une tempete comme celle-ci de se retrouver face a ce calme et cette beaute pure.
Aucun répit pour autant car nous devons atteindre le campement avant la nuit. Penible montee jusqu au col d’où on jouit encore une fois d’une vue splendide. La descente se fait en glissant dans les eboulis. La pierre est tres friable et ressemble presque à du sable. Nous n’avons qu’à nous laisser glisser sur les talons. Un jeu d’enfants. Le coucher de soleil nous offre une belle recompense pour cette journee qui n’avait pas commencé sous les meilleures hospices. Nous cuisinons nos dernieres reserves devant le spectacle de ces montagnes en feu avec le soleil dans le dos ! La nuit des animaux non identifiés (probablement des vaches ou des cochons sauvages) rodent autour des tentes nous mettant un peu en emoi. Cela fera l’objet d’une belle crise de rigolade le lendemain matin lorsque chacun echange ses impressions de la nuit et emet des supputations personne n’ayant osé sortir en pleine nuit !
Derniere descente relativement aisee avec quelques passages a gué de nouveau, mais ca, on commence a maitriser et puis enfin le petit village d’Altyn Arachan.
Il nous reste 12 km jusqu’ a notre hotel mais genoux, cuisses et orteils nous crient de trouver un vehicule. Par chance un groupe de bûcherons s’affaire a ranger et nettoyer leur cabane et semble s’apprêter a partir. Pauline leur demande si nous pouvons nous glisser dans leur gros 4*4. Notre allure de marcheurs crasseux pas lavés doit les effrayer car ils nous disent d’aller d’abord à la source d’eau chaude un peu plus loin. Qu’a cela ne tienne, on se decontracte les muscles dans cette eau effectivement tres chaude avant d’entamer la retour avec ces 2 gros gaillards bourrus mais tres sympathiques.
Le soir, nous nous délectons les babines devant un bon repas en regardant les JO !