Nous sommes accueillies a Quito par Maud, arrivee la veille et Michel chez qui nous allons loger. Michel a vecu quatre ans en Belgique pour finir ses etudes de droit et parle un francais impecable. Il n’entend pas que nous parlions espagnol avec lui, trop content qu il est de pouvoir pratiquer cette langue qu’il affectionne tant. Tres investi dans le milieu politique et fin connaisseur du gouvernement pour avoir ete conseille, c’est une mine d’or d’informations et nous debattons longuement sur la situation du pays.
Depuis septembre 2000, la dolarisation a semble t il permis de redresser l’economie. Les effets catastrophiques de El Nino de 1997 sur les exportations de petrole (qui constituent environ la moitie de revenu national, la plus grosse source de pollution de l’Amazonie par le deversement de millions de tonnes de dechets toxiques et l’extinction de deux tribus indigenes) ont mene a une devaluation du Sucre, la monnaie anterieure, de 7000 pour un dollar a 25000 en 2000. Malgre de nombreuses protestations de la population, la dollarisation a pris effet. Pour la classe moyenne superieure et les deux pour cent d’habitants aises cela represente une aubaine et un plus haut pouvoir d’achat sur les biens factures en dollars comme les voitures. Mais pour la majorite, la vie est plus cher. La poperisation de la population a eu pour consequences visibles une augmentation inquietante des vols et petits crimes organises. Le cas de l’Equateur avec ses 25 % de population indigene (un des plus forts taux en Amerique Latine) et ses sept presidents en dix ans est particulierement complexe. Nous ne manquerons pas d’etre etonnees tout au long de notre sejour.
Nous nous installons donc chez Michel quelques jours. Nous sommes trois dans le salon dans lequel nous avons mis des matelas et prenons beaucoup d’espace chez cet homme habitue a vivre seul ! On essaie de ne pas l’envahir mais lui ne semble pas s’en offusquer et nous met parfaitement a l’aise.
Maud et Pauline sont heureuses de se retrouver et ont cinq mois de vie a rattrapper en papotage. Les retrouvailles sont un moment emouvant, preambule a ce qui nous attend dans quelques mois. Je les laisse discuter et m’assieds a l’avant de la voiture de Michel qui nous conduit a deux heures trente de la capitale a Otavalo. En chemin il nous montre le nouvel aeroport en construction dont l’ouverture est prevue pour 2010. En effet l’actuel se situe en plein coeur de la ville et les pistes sont entourees de quartiers residentiels et d’immeubles.
L’un des lieux phares des environs de Quito c’est le point symbolique de passage de la ligne de l’equateur. Nous nous y arretons rapidement pour la photo mais Pauline et moi sommes deja passees par la cinq fois dans un sens comme dans l’autre donc ce n’est pas vraiment un bapteme.
Nous passons egalement devant plusieurs volcans actifs de la region. De fait nous sommes sur ce qui est communement appele l’Avenue des volcans et qui compte plus de trente volcans actifs dont cinq au dessus de 5000 m dans une zone de trois cents km environ du nord au sud le long de la Cordillere des Andes.
A Otavalo se tient tous les samedis un petit marche d’artisanat. Originellement, les Quechuas et autres peuples pre hispaniques se rencontraient sur cette plaque tournante de la region pour echanger leurs biens et faire du commerce. On retrouve donc chez les tenanciers des echoppes les traits caracterisques des visages de cette epoque ainsi que leurs tenues traditionnelles. Les femmes portent de longues jupes colorees a plusieurs couches, les cheveux tresses de chaque cote du dos ou noues autour d’un ruban aussi tres colore qui les couvre de haut en bas. Elles portent toutes un petit chapeau rond en feutre, souvent releve d’une plume. Quelques hommes se vetissent encore du poncho en laine de lama ou d’alpaga mais la plupart est maintenant en chemise pantalon classique.
Nous nous sommes quelque peu restreintes pendant le voyage sur les achats de cadeaux et souvenirs pour ne pas allourdir notre sac deja bien encombrant. Nous savions que l’Equateur etait le pays ideal pour acheter les souvenirs tant pour la diversite de petits cadeaux legers et pas chers que pour le fait que Maud et Julie pourraient nous rendre service en ramenant tout a Bruxelles et Paris. Nous passons donc trois heures a choisir minutieusement pour chaque personne le cadeau ideal. Michel pendant ce temps a fait montre d’une patience exemplaire en presence de ces 3 filles prises d’une pulsion consommatrice reprimee depuis des mois ! Quand les travers de la societe nous rattrappent, bien malgre nous ! Un quartier entier de la ville se transforme le temps d’une journee pour faire plaisir aux touristes venus en nombre comme nous satisfaire leur appetit. D’une rue a l’autre les etales se ressemblent pourtant et c’est plus au moins la meme chose qui se vend mais les couleurs sont jolies et le cadre dans lequel baigne se petit village rend l’endroit symapthique.
Notre premier repas typique de ce pays andin nous surprend ! Au menu, pas moins de trois feculents. Et il s’averera que c’est plus la norme que l’exception dans la region. Riz, pommes de terre et haricots avec de la viande et un oeuf ! L’oeuf sur le riz c est assez courant et plutot bon mais les trois feculents en meme temps nous ne nous y habituerons jamais tant la digestion est longue ! En revanche comme en Asie du Sud Est mais avec plus de diversite, les jus nous regalent. Nous decouvrons grace a Michel de nouveaux fruits tels que tomate de arbol, granadilla -------------------
Michel est habitue aux visites d’europeens qu’il accueille chez lui et qu’il recoit dans le cadre du travail et se presente comme un guide ultra experimente. Il nous conduit un peu plus loin au nord voir un lac de cratere ----------------NOM tres encaisse, entoure de hautes et abruptes pentes. Au milieu, une petite ile nous rappelle a toutes les trois notre ascension du Gunung ¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬¬Rejani en Indonesie qui nous a valu une montee sous la pluie le premier jour et une autre en pleine nuit au petit matin. Compte tenu de la taille du lac il est difficile d’imaginer la puissance et la force des elements qui se dechainent pour emporter une telle quantite de matiere. D’autant qu’en face on apercoit un autre geant de la region, le Cayambe a plus de 5000 m, lui aussi actif !
Avant de retourner a Quito feter mon anniversaire, Michel nous invite dans une hacienda en bordure du lac du Cayambe. Depuis l’epoque de la colonisation et jusqu’a il y a encore quelques dizaines d’annees de grands proprietaires terriens avaient la main mise sur les cultures et elevages du pays. Ce sont les hacienda. Une enorme ferme en d’autres termes. Les batisses sont generalement massives mais pas denuees de charme et permettent de loger les travailleurs et la grande famille du proprietaire. Celle-ci ou nous sommes est restauree pour accueillir les touristes equatoriens et les colloques ou reunions des ministeres ou des grandes entreprises du pays. Michel est tres raffine et a bon gout. L’endroit est exquis. Les meubles sont d’epoque, ainsi que les tentures murales du 19 eme siecle faites en Flandres, les lits, juqu’aux odeurs et au telephone, un des premiers modeles. Le feu dans la cheminee et la lumiere tamisee nous plongent dans une ambiance digne d’un livre de Garcia Marquez ou d’Isabelle Allende. Je me sens un temps transportee dans La maison aux esprits. Nous buvons un delicieux chocolat chaud prepare de facon locale en faisant fondre un vrai morceau de chocolat du pays bien sur. Un delice. Nous sommes dans une bulle dont il est difficile de nous extirper tant l’endroit est calme et agreable.
Sur le chemin du retour Michel met son CD prefere : quinze chansons francaises connues des annees 1990. Pour Pauline et moi qui n’avions presque pas entendu de musique francaise depuis 11 mois c’est le declic. Nous nous mettons toutes les trois avec en tenor Michel a chanter pendant une heure ces chansons qui nous rappellent tant de choses. De Belle ile en mer a La Javanaise en passant par Les copains d’abord nous les connaissons toutes et sommes presque debousollees de nous retouver d’un coup a Quito a chercher une place pour se garer ! Il nous faut redescendre de notre nuage.
Michel, que nous appelons maintenant Mimi, a choisi le restaurant kicth du quartier, mais kitch chic de bon gout : El lobo loco, le loup fou. Endroit completement dejante qui correspond parfaitement a l’idee que je me faisais de mon 29 eme anniversaire. Des couleurs partout, des miroirs kitchouilles, des bougies, des miroirs, un gros bonbon geant. Jus, coktails, vins, crevettes, plats enormes, serveurs ultra comprehensifs et sympathiques, voila la recette d’une excellente soiree, couronnee par une jolie bougie sur un tres bon desert ! Il y a trois ans avec Pauline nous etions au fin fond de la vallee de l’Indus au Pakistan et les gens chez qui nous logions m’avaient organise un petit evenement traditionnel. De nouveau, c’est un quitenien qui m’organise un evenement a la mode locale des jeunes chics de la capitale. Deux styles, deux ambiances mais un souvenir innoubliable dans les deux cas. Quelle journee emotion. Le lendemain sera egalement une journee emotion mais d’un autre genre dont on se serait bien passe. Nous terminons la soiree dans une petite rue pietonne typique de la vieille ville ou l’on boit la fameuse canela, une boisson chaude alcolisee ou non a base de mures. Nous avons deja remarque qu’il a beaucoup de boissons ou de bonbons a la mures et celle ci fait notre bonheur. De petits groupes de musiques traditionnelles jouent ici et la dans la rue. Nous nous sentons plongees au coeur de la culture.
Est-il ecrit quelque part a l’avance comment une journee va se passer ? Si oui, j’aurais aime savoir que celle-ci serait la pire du voyage pour moi. J’aurais eu le temps de me preparer. Au lieu de cela c’est un choc complet que je ne realise toujours pas qui nous est tombe dessus. Bien sur tant qu’il y a la sante et la vie c’est le principal et le materiel n’est rien que du superficiel au final. Mais quand on prend toutes les precautions qu’il faut voire plus depuis 11 mois et que l‘on redouble de vigilance alors le choc est d’autant plus grand.
Le matin nous etions allees chercher Julie arrivee de Paris. Comme Maud, elle revient passer deux semaines avec nous, enchantee de sa premiere visite presque un an plus tot et ferue d’Amerique Latine. Je suis a mon tour emue de retrouver Julie et, a l’instar des equatoriens qui viennent chercher en famille les etres chers, je lui ai meme achete un petit balon gonflable jaune sur lequel j’ai ecrit son nom !!! Michel et moi amenons Julie a la maison. Nous prenons quelques instants pour nous mettre d’accord sur l’itineraire. Le pays est environ de la taille de la Nouvelle Zelande et nous ne pourrons pas tout voir. Nous selectionnons donc les principaux centres d’interets a nos yeux.
Nous prenons toutes les quatre le chemin de la gare routiere ou Michel, toujours aussi attentionne insiste pour nous conduire. Nous nous quittons en nous promettant de nous revoir a notre retour a Quito dans deux semaines. Il ne sait pas encore qu’il n’aura pas a attendre si longtemps.
Toujours excitees par ces doubles retrouvailles nous entrons dans la gare routiere pour acheter le billet jusqu’a la prochaine ville. Dans certains pays les billets se paient dans le bus, dans d’autres au guichet exclusivement et dans certains c’est un melange des deux. Nous ne sommes pas completement etonnees donc quand un homme du guichet nous dit que le bus part d’ici peu et qu’on peut acheter le billet avec le chauffeur. Nous ne nous serions pas laissees avoir si nous avions su comme on l’apprendra plus tard que les billets en Equateur s’achetent uniquement aux guichets. Mais cet homme n’est que la premiere chaine d’un maillon bien grand qui va nous mener a notre perte. Le bus tarde a demarrer et pendant ce temps Maud et Pauline d’un cote et Julie et moi d‘un autre continuons a discuter avidement. Un nouvel homme qui vend des DVD pirates comme il y a par milliers a tous les coins de rues d’Amerique Latine nous dit de nous assoire les unes en face des autres et non en decallees comme nous sommes pretextant que le bus va etre plein. Toutes a nos conversations nous ne pretons pas meme attention a ce signe qui d’ordinaire nous aurait sous nul doute alerte. Nous ne pretons toujours pas attention quand il nous dit de mettre nos sacs dans les portes bagages au-dessus de nos tetes (meme si nous refusons de le faire. La nous frisons la naivete. Enfin nous sommes carrement betes quand il nous dit, et nous prenons ca pour de la prevenance et de la gentillesse, de mettre nos sacs par terre plutot que sur nos genoux car c est un long voyage et que nous executons, plus pour avoir la paix que parce que ce qu’il dit est sense. Quand le bus demarre enfin, nous ne trouvons pas etrange d’etre les seules. Puis d’autres passagers montent. Et quand les petits vendeurs de fruits/boissons/chips de bananes montent et que je veux prendre la caisse commune dans mon sac pour acheter des mangues, je decouvre avec horreur ce qu’il s’est passe. Le vendeur de DVD faisait diversion pendant que deux hommes a qui Pauline avait dit bonjour s’infiltraient sous les sieges et vidaient mon sac et celui de Maud. Ma pochette ventrale qui contenait mes deux passeports, especes, traveller cheques et carte de credit et qui vraisemblablement aurait mieux fait d’etre reelement ventrale plutot que de se trouver dans mon sac entre mes pieds a disparu. C’est tout le voyage que je vois defiler d’un coup. Pauline et Julie ont tout. Maud n’a plus son appareil photo, ses lunettes ni de son portefeuille.
Quand je previens le chauffeur du bus il n’a pas l’air traumatise par ce que je lui raconte et est donc certainement dans le coup mais nous ne le realisons que plus tard. Nous descendons avec nos gros sacs et reflechissons quelques instants avant de faire la seule chose qui s’impose :retourner a Quito refaire les passeports et annuler les cartes de credit et traveller cheques. Les vacances commencent bien pour les filles, surtout pour Maud ! Quelle mise en bouche ! Mimi joue encore les heros avec nous et nous emmene au poste de police et a l’ambassade de France mais c est dimanche et nous devrons revenir mardi, lundi etant ferie ! A l’ambassade on me dira quand meme que le coup du sac par terre est un grand classique ce qui me fait d’autant plus enrager sur notre naivete, nous qui avions dejoue toutes les arnaques depuis pres d’un an !!
Il est vrai que le Lonely Planet prevenait d’un taux de criminalite eleve et de nombreux vols de ce genre mais nous avions lu le guide quelques trois semaines avant et arrivions d’endroits asceptises completement surs que sont l’Australie, la Nouvelle Zelande et le cargo. Nous avons manque notre seance d’adaptation alors meme que nous nous etions dit qu’il nous faudrait de nouveau redoubler de vigilance. Mais les retrouvailles ajoutees a nos quatre mois de detente nous ont fait baisser l’attention et je me suis donc retrouvee denudee pendant deux semaines en attendant un nouveau passeport d’urgence et des sous gentiement mis a disposition par american express et visa via western union.
Julie s’ajoute a nous dans le salon pour cette quatrieme nuit chez Michel, toujours patient envers et contre tout mais qui commence a ne plus reconnaitre ce qui ressemble plus a un camping qu’a une salle de sejour. Pour nous faire pardonner nous lui concoctons un diner a la maison et essayons d’oublier cette etrange journee.
Pauline et moi apprecions d’etre en Amerique Latine et de voir des visages differents de la Nouvelle Zelande ou l’Australie. La population tres metissee de noirs, indigenes et de metis nous rappelle l‘histoire du pays. La cote pacifique est habitee par des descendants des esclaves noirs. Le contraste entre les habitants des Andes et ceux de la cote est frappant et d’ailleurs eux memes disent que les costenos, les habitants de la cote, ne pensent qu’a la fete et sont insouciants et ces derniers pensent que les leurs homologues des montagnes sont serieux et trop tanquilo !
Nous profitons de cette journee d’attente pour visiter la vieille ville. Mais a peine sommes nous descendues du tram que nous devons dejouer un nouveau traquenard. Nous allons retirer de l’argent au distributeur dans un endroit a l’abri des regards. Un homme semble attendre son tour derriere moi mais a la facon dont il s’approche je sens le piege et demande a Julie de se mettre pres de Pauline qui effectue les operations. Un autre homme se met egalement derriere moi et me verse un produit gluant a l’odeur infecte sur le sac et le pantalon dans le but de detourner notre attention. Ce qu’ils ne savent pas c’est que nous sommes sur nos gardes et notre patience est a bout. Je me retourne enervee et lui demande ce qu’il fait mais deja il court et s’echappe. Il s’en fallait de peu pour que je lui cours apres si Pauline ne m’avait pas retenue. Heureusement elle reste concentree et les deux chenapans repartent bredouilles. Maud aussi a recu la sauce aussi allons-nous dans un petit bar a cote pour nous nettoyer. Nous sommes passablement enervees. Deux fois en deux jours, cette ville ne me plait pas ! Il nous faudra quelque temps pour faire abstraction et de nouveau apprecier les visites du jour.
En analysant la situation, nous realisons que nous n’avons jamais voyage a quatre, qui plus est des femmes. De plus nous venons de nous retrouver et nous sommes encore dans notre petit monde a demander des nouvelles du pays, des amis et notre niveau de vigilance s’en ressent. Nous donnons certainement l’impression d’etre fraichement debarquees, ce qui est vrai mais ce qui n’est encore jamais arrive a Pauline et moi qui prenons soin justement ne pas donner cette impression pour ne pas se faire avoir. La lecon est bonne et nous remettons notre attention a son niveau maximum.
Nous allons nous detendre sur la place du Covento San Francisco. Faite de gros paves de pierres volcaniques, elle est entouree de vieux batiments aux multiples couleurs et est tres animee. Le couvent est un tres beau monument dans le style architectural de la periode coloniale, en pierres de maitre et dont les murs sont blanchis. La plus vieille eglise de la ville est en son sein. Le volcan Pinchicha juste derriere et sa grande tour blanche en font un des endroits les plus pittoresques de la ville.
Quito, 2850 m, se situe dans une large et longue vallee (environ 7 km sur 30) et les montagnes tout autour ainsi que les deux hauts volcans rendent le lieu tres impressionnant. La capitale offre des points de vue magnifiques notamment du haut de la basilique construite en 1923 dans un style baroque tres original d’ou l’on peut admirer le fameux volcan Cotopaxi a 5897 m a quelques dizaines de kilometres de la. Nous montons dans les tours que l’on atteint en ascenseur puis par une echelle legerement tenue a plusieurs centaines de metres de hauteur ! Sujets sensibles au vertige s’abstenir, sensations garanties.
Le musee de la ville est tres bien presente et retrace l’histoire de la fondation de la ville et son evolution par siecle. Le batiment qui l’abrite est un ancien couvent comme il y en a beaucoup et nous prenons le temps d’apprecier les differentes cours interieurs, les balcons, les grands escaliers. Les terraces du toit du centre culturel de la ville sont d’un tout autre style mais permettent d’observer a la derobee la vie dans la rue en contre bas : des nonnes en longues robes et couvertes de leurs foulards, un gros 4*4 se gare devant l’eglise, un homme joue de l’accordeon pour vivre, une femme quechua porte un enfant enveloppe dans une longue etole coloree, des petits gamins cherchent a cirer des chaussures...C’est le contraste en une rue, la tradition face a la modernite, la richesse face a la pauvrete. Ce n’est pas tant parce que nous venons tout juste d’arriver apres plusieurs mois dans des pays industrialises que parce que 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvrete, mais nous sommes touchees et emues devant ce spectacle d’hommes et de femmes qui se debattent avec leur quotidien et luttent tous les jours pour reunir les quelques dollars qui leur permettront de manger et peut etre d’envoyer leurs enfants a l’ecole. L’economie informelle represente une part important de l’activite du pays et l’on peut voir plusieurs fois par jour des vendeurs dans la rue, dans les bus, les arrets de tram proposes pour 0.5 $ ou 0.25$ des petits bonbons, des beignets, des allumettes, tout et n’importe quoi pour gagner un peu. Du matin au soir et ils essayent de vendre leur maigre marchandise. Parfois les gangs la leur volent, parfois ils n’ont pas assez vendus et doivent rendre leur stock. Les nombreux 4*4 et autres grosses voitures ne sont pas representatives de la vie a Quito. Oui les beaux quartiers comme celui dans lequel nous vivons existent, mais non loin, la ville s’agrandit, notamment sur les pentes, toujours plus elevees, des montagnes alentours et les quartiers pauvres sont une realite. De nombreux paysans viennent tenter leur chance en ville et, comme dans beaucoup d’autres pays ou nous sommes passees et ou nous passerons, l’exode rural continue, stigmate d’une societe qui perd sa culture et ses racines.
Le lendemain a la premiere heure Maud et moi allons a l’ambassade de France. Il n’y a pas d’ambassade de Belgique et Maud doit signaler la perte de sa carte d’identite. Les photos d’identite que j’apporte ne sont pas du bon format. De plus, la charmante personne qui me fait savoir qu’elle est encore en decallage horaire apres trois semaines de vacances en France (ce qui doit etre sense justifier son manque d’efficacite) n’accepte pas mon dossier sans preuve de sortie du territoire. De nouveau, j’explique notre projet de voyage sans avion. Elle veut donc le billet de la compagnie de cargo avec laquelle nous repartons... du Bresil ! Je ne cherche pas a comprendre sa logique et je file refaire des photos et imprimer un courrier electronique que l’agence nous a envoye pour confirmer la reservation de notre prochain voyage en cargo. A mon retour elle me fait comprendre que j’ai beaucoup de chance que le consul soit conciliant car la regle veut que les passeports d’urgence ne soient delivres que pour les personnes voyageant aux Etats-Unis !!! Je ne saisis toujours pas la logique mais elle tient bon d’ajouter que normalement elle doit m’imprimer un laisser passer et que je dois retourner en France faire un nouveau passeport. Autant dire que des ce moment je redouble de gentillesse a son egard pour etre sure d’obtenir mon passeport, d’urgence ou pas, vert ou bleu...
Michel ne tient pas a nous voir revenir le soir meme et vient avec nous jusqu’au guichet acheter le billet de bus.
Apres quatre heures de bus et une heure de taxi, nous arrivons au pied du Chimborazo, un volcan actif, le plus haut sommet d’Equateur, 6310 m, mais aussi le point du globe le plus eloigne du centre de la terre en raison de sa situation sur la ligne de l’equateur (dites ca a Jules Verne !).
Nous passons la fin de journee a profiter des vues exceptionnelles que nous offre ce cone enneige aux pentes vertigineuses. L’acces jusqu’au sommet se fait a partir d’un refuge situe a 4800 m. Dans d’autres circonstances et avec plus de temps Pauline et moi aurions aime faire l’ascension mais nous nous contenterons de belles marches dans les alentours. Le hameau ou nous logeons nous plonge en pleine culture quechua et nous decouvrons la un nouveau mode de vie, une nouvelle langue. La famille qui nous recoit vit dans une maison au toit de chaume et aux murs de pises. Le sol est en terre battue et la seule et unique piece sert de sallon, cuisine, salle a manger, etable parfois. La petite fille qui suit partout sa maman et ne doit pas avoir cinq ans est tres debrouillarde et court apres les moutons ou les vaches pour leur faire peur et les ramener dans l’enclos. Elle nous regardre de ses grands yeux noirs, surprise de voir des femmes blanches, elles qui ont la peau tannee par le froid et le soleil et les joues burinees toutes rouges.
Nous nous sentons bien dans cet endroit calme, loin de la pollution, du bruit, des embouteillages et de l’agressivite des grandes villes. Seul le bruit du vent et des chiens de berger se fait entendre. Les guanacos et les alpagas, de la famille des lamas, nous regardent passer sur le chemin. Ils semblent se demander ou nous allons. Nous aussi nous nous le demandons parfois. Pourquoi ce voyage ? Que cherchons nous ? Pourquoi venir ici regarder une montagne ?
Souvent les gens que nous rencontrons ne comprennent pas. Mais plus nous avancons dans le temps et dans l’espace et plus nous prenons conscience du pourquoi. Nous avons tourne le sujet dans tous les sens et nous reprenons regulierement la discussion mais nous tombons toujours d’accord : nous ne voulons pas vivre pour travailler mais travailler un peu pour vivre beaucoup et profiter encore plus. Bien sur chacun a des priorites differentes et nous sommes pour le moment tres libres, sans engagement familial notamment. En outre certaines personnes n’apprecieraient pas de faire ce type de voyage. Ni Pauline ni moi ne sommes tres materialistes ou tres consommatrices et nos passe temps favoris ne sont pas seances d’achats dans les grands centres commerciaux ou manucure en institut. Nous avons appris a nous satisfaire de peu. Nous realisons que nous vivons depuis un an avec deux pantalons, deux hauts et une brosse a dents. Voici en gros de quoi est consitute notre sac. Nous aspirons il est vrai a pouvoir changer un peu plus souvent de vetements et surtout a etre a etre propres ou joliment habillees. Il vrai aussi que quand nous redecouvrons ce qu’est une douche chaude apres des mois de douches froides, un vrai bon plat comme chez nous apres un riz curry a tous les repas, un bon lit douillet avec une chaude couette apres des nuits dans les bus ou les ferrys aux odeurs fetides nous realisons que nous avons besoin de reperes. Nos villes, nos familles et nos amis nous manquent terriblement et quand la nostalgie nous surprend on en vient a imaginer ce qu’ils font, ce qu’on mangera en rentrant, les activites que nous reprendrons. L’homme a besoin de repere et nous en mesurons toute l’importance. Pourtant nous sentons qu ‘il y a un decallage avec certains de nos proches dans nos visions du monde. Non que l’une soit meilleure que l’autre. Juste que le mode de vie en Europe ne nous correspond peut etre pas completement et c’est ce qui fait certainement que nous nous sentons vraiment bien dans ce voyage. Nous avons assiste a de nombreuses scenes de pauvrete, de destruction de la foret, de pollution des mers et fleuves, d’inegalite. Etre temoins de la vie telle que 5/6 des etres humains sur terre la vivent fait reflechir sur notre facon a nous de vivre, sans meme avoir conscience souvent que nous ne sommes qu’a peine un milliard de privilegiers a vivre dans les pays dits industrialises ou dans les pays dits en developpement mais appartenant a une classe aisee. A ce milliard on peut deduire les centaines de milliers de personnes qui vivent egalement dans des conditions tres dures chez nous.
Alors nous nous demandons souvent si nous avons envie de retourner dans un quotidien qui nous fera oublier apres quelques mois que nous avons beaucoup de chance.
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Mais pour l’instant nous sommes heureuses de partager ces paysages des andes avec Julie et Maud. Dans ces vallees tres isolees, les champs couvrent tous les pans de montagne. Des dizaines de varietes de pomme de terre differentes, divers sortes de haricots egalement constituent principalement leurs cultures a ces altitudes. Un peu plus bas, le mais domine largement. Les parcelles de champs recemment recoltees a cote de celles a recolter sous peu donnent une multitude de tons differents a la montagne aux formes geometriques multiples. Des carres, des rectangles...le paysage est tres decoupe et il semble que toute la palette de couleurs du peintre soit la devant nous. Les vigognes (egalement tres semblables aux lamas) paissent paisiblement en contre bas pendant que nous poursuivons notre marche le long d’un mauvais chemin de pierre qu’empruntent de gros camions venus de la carriere et allant a la cimenterie. D’ailleurs apres quelques heures de marche et alors que la pluie commence a serieusement nous mouiller, nous faisons du stop aupres d’un de ces mastodontes. Julie et Maud montent d’abord. Pauline et moi attendrons quelques minutes le prochain qui accepte de nous faire grimper a bord de son super bolide. Nous voila reconverties en camionneuse ! En nous deposant il nous fait signe au revoir d’un gros coup de klaxon bruyant qui nous surprend et nous fait sursauter.
Nous sommes surprises de constater que les glaces sont tres prisees, dans ce pays ou les temperatures n’exedent pas les vingt degres a ces altitudes peu clementes. A peine un dollar pour un cornet avec une boule simple et les petits vendeurs sont partout dans les rues a crier :
- « helados, helados ».
Certains montent dans les bus gares le long de la route en attendant plus de voyageurs. L’un d’entre eux monte a bord du notre. Devant nous, un homme au teint marque par le par froid et le soleil et au superbe chapeau traditionnel monte d’une plume regarde, attendri, ses deux petites filles litteralement baver devant l’eventualite d’une glace. Il achete deux glaces au vendeur. On suppose que le geste est exceptionnel en voyant les petites filles recevoir leurs glaces, la deguster en prenant leur temps et remercier leur papa cheri d’un regard emprunt d’une gratitude eternelle. Nous sommes tres touchees par cette simple scene de la vie courante car un demi dollar la glace peut paraitre derisoire mais ca ne l’est certainement pas dans leur budget mensuel de paysans.
Une organisation belge a monte un projet communautaire dans le petit village de Guamote. Nous logeons dans la tres belle auberge que les beneficiaires gerent. La particularite de ce village, outre le fait que le temps ce soit arrete et que tout semble identique a cinquante en arriere, tient a son marche. Nous aimons beaucoup les marches car dans tous les pays du monde ils sont revelateurs de la vie du pays, des echanges, de l’alimentation, des ambiances et des senteurs. On y retrouve des scenes uniques et c’est souvent une atmosphere detendue et conviviale. Celui-ci est repute comme le plus traditionnel du pays et un des plus grands et varies marches ruraux. La veille nous remarquons deja dans les rues quelques vendeuses de pommes de terre ou d’avas (les feves locales). Les femmes en tenues traditionnelles viennent de loin pour vendre leur recolte et c’est tout une logisitique pour amener a bon port ces dizaines de sacs de plus de cinquante kilos de pommes de terre ou de feves. Certaines d’entre elles ne parlent pas espagnol ou peu et nous avons malheureusement du mal a communiquer. Le village est compose d’une multitude petites ruelles paves de vieilles pierres et d’une voie de chemin de fer qui coupe la place principale en deux. Nous pensons emprunter ce petit train traditionnel dans quelques jours mais nous apprendrons que la ligne est fermee par manque de rentabilite.
Tres tot le lendemain le village prend un nouveau visage et rien ne pouvait laisser supposer qu’il puisse vivre ainsi en l’espace d’une nuit. Les rues sont remplies de femmes et d’hommes Quechuas, les etales couvrent chaques cotes des rues, la progression d’un point a l’autre se fait a petits pas tant la foule est dense. Une longue file d’attente nous surprend. Nous demandons a quelque de nous expliquer. Des centaines de personnes se reunissent a differents points prevus a cet effet dans le village pour payer leur facture d’electricite en especes ! Et la nous remercions mentalement EDF d’avoir instaure le prelevement automatique ! Pendant qu’ils patientent calmement, l’un disucte de ses poulets avec celui de derriere, c’est l’occasion de prendre des nouvelles de la famille untelle dont on n’a pas eu vent depuis quelques temps...Les enfants dans le dos de leurs meres regardent partout et semblent apprendre des leur plus jeune age le sens du mot patience.
Le dynamisme de ce marche nous epate mais ce que nous retiendrons surtout c’est la specialite locale : le cochon grille. Entier s’il vous plait. Parfois il ne reste que la tete qui trone alors joliement sur un presentoire en attendant de trouver acheteur, parfois des betes entieres sont posees les unes sur les autres. L’autre specialite c’est le cuy, pronnoncez kouille ! autrement dit le cochon d’inde grille. Parait-il tres bon mais aucune d’entre nous n’a ose gouter.
Nous voyons effectivement dans le marche aux animaux un peu plus loin des centaines de ces petites betes en cages a cote de leurs copains les lapins, les chats et les chiens (non destines a etre manges), les moutons, les cochons. Nous nous tenons a distance de ces derniers en raison de la grippe AH1N1 ! Dans cet endroit ou nous sommes les seules blanches a la ronde, on ne nous prete pas grande attention et nous pouvons observer a loisir les tractations de vente pour un ane, un cheval, un mouton. En souvenir des marches de Kashgar ou de Karakol, nous savons comment tater le derriere du mouton pour evaluer son prix. Mais ce ne sont pas les memes especes ici et visiblement notre technique ne fonctionnerait pas. Heureusement que nous sommes pas aller tater du derriere de moutons, leurs proprietaires nous auraient regardees d’un air suspect. Un couple attend au milieu de cette effusion avec son seul mouton. La vente de leurs betes represente parfois l’unique source de revenus du foyer et je suis attristee de voir que personne ne semble vouloir la leur. Mais il est encore tot et peut etre le vendront ils avant de repartir. Ici hommes et femmes sont melangees contrairement a l’Asie centrale et les dames ont meme un role tres important de gestionnaire du budget familial. Nous nous sommes assez fait ecraser les pieds par ces quadrupedes nous qui sommes en tongues et decidons d’aller continuer ailleurs. Pauline et Julie achetent le fameux chapeau en feutre, un peu a la Charlie Chaplin et Maud et moi allons acheter fruits et legumes pour notre dejeuner de ce midi dans le bus.
Nous partons en effet vers Cuenca, a six heures de bus de la. Le trajet durera une heure et demie de plus en raison d’une crevaison. La route longe le flanc d’une montagne qui nous laisse apprecier les vallees en contre bas et de nouveau ces multitudes de champs en carre ou rectangle de toutes les couleurs.
Apres plusieurs jours de recherches de ce mets typique de la cote pacifique de l’Amerique Latine et apres une journee bien remplie, nous degustons un bon ceviche de crevettes dans un joli petit restau pres de la cathedrale de Cuenca. Le voyage n’est pas complet sans avoir goute cette marinade oignons/citron de poisson ou de crustaces et nous rentrons a notre petit hotel satisfaites que le voyage prenne une tournure quasi parfaite avec une bonne optimisation du temps et des kilometres.
Cuenca est la rivale de Quito en beaute et de par son histoire. Situee a 2530 m, elle est egalement entouree de belles montagnes et traversee par une jolie petite riviere. Son vieux quartier n’a malheureusement pas ete preserve des voitures mais ses batiments aux murs blancs et leur architecture si particuliere de l’epoque coloniale en font un endroit agreable pour se ballader. Plusieurs maisons sont inscrites au patrimoine mondial de l’Unesco et la cathedrale, construite en 1885 est le plus grand batiment religieux au monde fait de briques. De fait son fronton est tres impressionnant mais son interieur ne nous a pas moins emerveille, tout en marbre et en or. Il est frequent de voir aux entrees d’eglises de vieilles dames ou de vieux monsieurs vendre des bougies ou des objets que nous qualifierions de kitchs. Les equatoriens, comme la plupart de leurs voisins, ont un niveau de devotion tres impressionnant et se rendent plusieurs fois par jour a l’eglise pour prier. Nous ne sommes plus habitues chez nous a voir nos eglises autrement que vides aussi avons nous etre surprises de voir tres souvent des messes pleines.
Nous goutons un jus repute dynamisant voire aphrodisiaque et bon pour la fertilite :le jus de radis. Mais nous ne sommes toujours pas sures qu’il s’agissait de radis tel que nous le concevons car nous n’avons pas pu terminer le seul verre que nous avions achete pour quatre.
L’Equateur tout comme la Colombie sont de gros producteurs et exportateurs de fleurs. Il est de bon ton en toute occasion de venir accompagne de fleurs, comme a l’aeroport ou les voyageurs deja encombres de tous leurs bagages recoivent plusieurs bouquets de chaque membre de la famille. Nous nous promenons donc pres du marche au fleurs dont les tenanciers rivalisent d’orginalite dans la presentation de leurs bouquets.
Notre sejour a Cuenca se termine par la visite du plus joli musee du pays : ethnographie et arqueologie. Il presente les dizaines de peuples differents qui composent ou composaient le pays avant l’arrivee des espagnols et met a jour leur evolution et modes de vie. Nous retiendrons bien sur la salle dediee aux jivaros ou Shuars, les reducteurs de tete. Maintenant la pratique n’est plus autorisee que sur les singes mais cette tribu pratiquaient il y a encore peu la reduction des tetes prises a leurs ennemis.
Dans chaque ville d’Equateur, mais encore une fois comme dans la plupart des pays voisins, la plaza de torros est un element constitutif de la ville. Les arenes ou se deroulent encore les combats de taureaux sont aussi un lieu de rencontre, de concert. Quand nous arrivons a Riobamba vers 21h et que nous apercevons une animation devant la plaza de torros, nous avons envie d’aller voir le concert. Mais les sept heures de bus et la matinee de visite ont eu raison de nous et nous allons diner dans un delicieux petit restaurant une bonne soupe de quinoa a la noix de coco.
Nous finissons la journee par un bon diner et entamons la journee du lendemain avec un superbe petit dejeuner. Quatre femmes d’un certain age tiennent un petit salon de the qui sert le matin des petits dejeunes dans un endroit des plus originaux. Des petits bibelots, des representations de la vierge sous toutes ses formes, des statues kitchouilles ornent les murs et les etageres de la vitrine. De vieilles photos ornent les murs. L’endroit est tout petit. Il y a un etage auquel mene un escalier en bois. Les tables sont serrees et le lieu sent le chocolat chaud fait maison. Les jus aussi sont maison. Nous adorons celui a la goyave ou a la mangue. Nous sommes les seules touristes et nous nous disons encore une fois que le voyage sac a dos nous permet de decouvrir les petites choses comme celles-ci a cote desquelles il est sinon aise de passer. Nous oublions donc l’inconfort de certains lits ou bus pour apprecier pleinement ce delicieux moment.
Le marche de la ville a la reputation d’etre le plus grand de la region. Les rues debordent effectivement d’activite mais nous y trouvons moins de charme qu’a Guamote.
Pendant que les filles vont visite le quartier, je tente de trouver un cyber pour graver les photos sur DVD. Mon disc dur externe sera bientot plein et pour sauver nos photos nous mettons tout sur un autre format en cas de bug. D’autant que Maud et Julie repartent bientot et pourront ramener nos petites affaires. Les nombreux virus de l’ordinateur de l’Utrillo, notre cargo jusqu’a Panama, me jouent des tours et plantent le DD qui refuse maintenant d’ouvrir certains fichiers que je crois completement perdus dans un premier temps. Je suis paniquee a l’idee d’avoir perdus des mois de photos de Pauline et moi. Je fais plusieurs autres cyber mais les dossiers ne sont pas visibles. Nous reussirons plus tard a trouver une solution et il y a eu plus de peur que de mal mais apres onze mois sans souci j’aurais ete embetee de tout perdre !
Je rejoinds donc les filles a un spectacle de danses et chants traditionnels organise par la mairie. Il y a plus de cent jours festifs en Equateur et nous n’arriverons pas a savoir quel etait celui que nous celebrions. Plusieurs groupes se relaient pour chanter et danser, vetus de tenues propres aux differents peuples de la region. Nous sommes une fois encore les seules touristes et nous voila plongees dans un univers aux rythmes endiables.
La ville touristique par excellence en Equateur c’est Banos. De petit village il y a quelques annees, la ville a su s’adapter aux demandes des touristes, principalement equatoriens, et propose maintenant tout type d’activites. Du buggy bruyant et polluant au saut a l’elastique, rafting, vtt, rando et velo. L’endroit est assez exceptionnel. Le volcan Tungurahua a 5016 m a recemment contraint les habitants a evacuer la zone pendant plus de dix ans. Ses crachats de lave sont generalement visibles quand il n’y a pas de nuages et les possibilites de rando sont illimitees dans la zone. Malheureusement le cratere n’est plus accessible.
Nous nous y rendons car il y a une fantastique descente a velo a faire le long de la riviere et de ses profondes gorges. Nous effectuons donc les quelques heures de descente, dont une partie sous la pluie, jusqu’a la plus grande cascade du pays. En chemin nous nous arretons un instant devant l’impressionnant ouvrage hydraulique de la vallee et devant la nacelle qui traverse la riviere. Reliee par de gros cables en acier, une nacelle d’un metre cinquante sur un emporte jusqu’a huit passagers vers l’autre rive. C’est beaucoup plus impressionnant qu’il n’y parait car nous sommes tres hautes et la nacelle va beaucoup plus vite que ce que l’on croyait. Pour nous faire une petite frayeur le mecanicien croit bon de nous arreter en plein milieu de telle sorte que nous commencons a tanguer. Mais bientot nous repartons et terminons le voyage en passant au-dessus d’une des dizaines de cascades que voyons depuis que nous sommes parties de Banos. Deux rivieres se rejoignent un peu plus haut pour se jeter dans le vide et retrouver les eaux du puissant fleuve quelques cent vingt metres plus bas. Nous marchons jusqu’au point de vue situe au-dessus de la cascade d’ou la vue est vertigineuse.
Nous reprenons notre folle descente en passant par un tunnel qui n’est pas eclaire et qui rappelle etrangement la journee velo en Nouvelle Zelande. Comme ce jour-la, nous pedalons dans le noir en nous fiant seulement a notre instinct et au peu de lumiere que l’on croit voir se reflechir sur le velo de la copine devant. A la sortie du tunnel nous debouchons sur un a pic dangereux que seul un petit muret nous empeche d’aller voir plus bas. Les voitures gerent facilement la montee etroite qui suit mais nous devons nous relancer habilement pour eviter le petit muret d’un cote, les voitures de l’autre ! Question secu ca n’est pas ca.
Ca n’est pas ca non plus quand nous nous arretons sur un pont pour regarder les touristes sauter, arnaches seulement d’un mince elastique ! Pas de balance pour les peser, un seul gars pour leur expliquer, leur tete qui ne passe pas tres loin des rochers...vraiment pas secu. Mais ils ont l’air d’avoir aime, c’est le principal.
Nous sommes un jour de fin de semaine et les equatoriens sont en repos. L’endroit est donc tres anime. Pres de la fameuse plus grande cascade du pays, une multitude de petits restaurants proposent les memes plats. Truites grillees, riz et pommes de terre. Nous nous ferons ce petit plaisir apres la visite et laissons nos velos en garde a la patronne d’un de ces etablissements. Les buggys en location a Banos font fureur et plusieurs jeunes couples quiteniens sont venus ici avec ces engins. Nous ne sommes donc pas les seules mouillees et pleins de boue. Mes nos tenues sont un peu plus appropriees que celles des jeunes femmes en pantalons moulants, petits hauts sexy et talons aiguilles. Elles ne s’imaginaient peut etre pas devoir descendre vingt minutes un mauvais chemin boueux, pierreux et abrupte. Mais elles se debrouillent bien et nous sommes impressionnees par leur maitrise de la rando en talons. Pour mieux apprecier la vue de la cascade, un vieux pont suspendu en bois d’une dizaine de metres environ relie deux gros pitons rocheux. Un panneau bien mis en evidence indique qu’il ne faut pas traverser a plus de quatre a la fois, c’est dire la solidite du pont. Le debit d’eau est impressionnant et nous realisons qu’il s’agit en fait de la grande riviere que nous longeons depuis ce matin qui se deverse brusquement dans ce goulot d’etranglement entre deux masses rocheuses. Imaginez la Seine faire une chute libre de trente metres dans un espace large de dix. Le bruit est terrifiant, les embruns viennent nous mouiller et les arcs-en-ciel sont nombreux ; le bain de boue pour venir valait le coup.
Nous remontons a Banos a l’arriere d’une petite camionnette en compagnie d’une gentille famille en vacances dont les deux jeunes garconnets mangent difficilement une glace qui, compte tenu des soubresauts, aura plus profite au sol qu’a leurs estomacs.
Comme beaucoup de zones volcaniques, Banos est aussi une zone de de geothermie. Plusieurs etablissements proposent des piscines de sources d’eau chaude en plein air. Il en a justement une a cote de notre hotel. Les habitants de la ville viennent se rencontrer et discuter la comme nous irions au bar boire une biere ou un cafe chez nous. Nous sommes quasiment les seules touristes dans ces bains ou grouilles des centaines de personnes de tous ages et sexes confondus. Les bassins sont vides et remplis deux fois par jour et il est preferable de venir juste apres la reouverture plutot que juste avant la fermeture ! Nous mettons nos affaires dans des casiers qu’une dame surveille et avancons vite en petite tenue vers le premier bain car il ne fait pas plus de vingt degres dehors. L’eau sent un peu le souffre mais c’est surtout sa couleur qui surprend. Legerement beige-marron, on ne voit pas a travers. Nous nous imaginons deja les gestes deplaces qui peuvent avoir lieu. Nous tentons de progresser jusqu’au centre ou il y a moins de monde mais personne ne nous prete la moindre attention et finalement les hommes restent corrects. Nous nous detendons donc un bon moment avant d’envisager d’essayer l’autre bassin, beaucoup plus chaud. Le cadre est tout a fait exceptionnel. La fumee qui se degage de l’eau cree une ambiance assez intimiste. Nous faisons face a une grande cascade qui descend le long d’une tres haute paroie et nous sommes entourees de montagnes. Dans l’autre bassin, nous avons du mal a entrer. La temperature approche les cinquante degres et ca fait mal, ca piquote. Un panneau indique de nouveau les benefices de cette eau aux vertus purificatrices et nous essayons quand meme de rester quelques minutes mais je prefere aller faire trempette dans celui juste a cote qui ressemble a un jacuzzi et ou les gens ont l’air d’etre assis tranquilement. Mais quel leur. L’eau est en fait froide pour jouer sur les contrastes, il parait que c’est bon pour le coeur. Autant dire que dans celle-ci non plus je ne suis pas restee longtemps. Pauline est plus vaillante et commence meme a discuter avec ses voisins. Nous retournons dans le premier bassin qui nous semble presque froid apres ce bain bouillant. Nous faisons coonnaissance avec Arthur, volontaire dans une association a Cuenca. Il est ingenieur agro et travaille avec les paysans de la region depuis deux ans. Nous lui proposons de diner avec nous dans un petit restaurant tenu par un peintre qui expose ses toiles aux murs. Les noms des plats qu’il fait lui meme sont des plus originaux : Symphonie ceci, Concerto cela.... un vrai regal apres une nouvelle journee forte en emotions.
La region amazonienne d’Equateur offre une diversite incroyable en terme de faunes et de flore. C’est l’occasion de changer de vegetation, de peuples, de traditions et d’altitude, on espere qu’il fera plus chaud. Malheureusement, c’est aussi une zone tres menacee par l’exploitation du petrole, les coupes de bois et une deforestation massive, la pollution des rivieres. Certaines cultures sont deja en voie d’extinction et de nombreux savoirs seront bientot perdus faute de passation avec les nouvelles generations.
Nous visitons un centre de rehabilitation de differentes especes de singes. Cela fait dix ans que deux suisses ont monte ce centre qui continue de s’agrandir et de sensibiliser les populations des villes a la vie de ces animaux. Plus de soixante betes vivent en liberte en attendant d’etre a meme de pouvoir retourner dans leur milieu de vie naturel. La plupart est amenee par la police qui les retrouve sur le bord de la route ou chez des particuliers peu scrupuleux qui pensent que ca fait joli un singe en laisse dans la maison. Ils sont tres affectueux et nous grimpent dessus comme si nous nous connaissions depuis toujours. Nous avons enleve les lunettes et gardons les appareils photos caches car il arrive souvent qu’ils volent des objets qui ne reapparaissent bien sur jamais. Ils se pendent a nos bras a l’aide de leurs longues queues musclees et l’un d’eux se prend d’affection pour Pauline a qui il fait un beau calin, la tete blottie dans son cou. C’est touchant. Une costariquenne et une belge sont la aussi et nous demandent de les emmener au prochain village. Nous faisons un bout de route avec elles. Dans notre groupe il y a aussi une japonaise qui est bien courageuse au milieu de quatre francophones mais nous essayons de ne parler qu’en anglais.
Apres quelques heures d’une mauvais piste constuite au milieu de la foret, nous arrivons a notre campement. Les cabanas ou nous dormons sont installees pres du fleuve Pastaza, un affluent de l’Amazone, vue sur le volcan Sangay au joli cone blanc. Nous ne sommes que dans la foret tropicale primaire par opposition a la secondaire, encore plus dense et plus profonde mais deja la vegetation luxuriante nous met en garde : pas question de se perdre. Certains des tatouages que les Quichouas ( a ne pas confondre avec les Quechuas des Andes) se peignent sur le corps se font avec un arbre de la zone. Nous nous essayons a cet art sur nos pieds et nos mains en attendant le repas. Dans les lagunes alentours ou nous allons nous promener des caimans dorment sur les branches a moitie hors de l’eau. Nous verrons ce soir si nous aurons autant de chance de les voir. Nous sommes un peu dubitatives sur ce genre de suppose eco tourisme. Les poubelles sont certes ramenees en ville et nous logeons bien dans des habitats tels que les communautes de la region les fabriqueraient. Mais qu’en est-il de ce pauvre boa constrictor enferme dans une cage bien vue pour que les touristes en profitent ? Nous aurions ete autant satisfaites et meme plus sans ce pauvre serpent apathique. De meme les deux aras rouges flamboyants dont on a coupe les ailes pour qu’ils ne s’echappent pas, tout comme a leur copain le perroquet vert qui vient sur nos avant-bras et mange dans nos mains. Ce triste spectacle nous afflige. On ne peut bien sur pas aller deux jours dans la jungle, qui plus est en foret primaire seulement, et esperer voir tous les animaux de la creation. Mais les touristes en veulent toujours plus et pour satisfaire leur avidite, les tour operateurs se croient obliges de mettre en place ces artifices. Nous serons affligees aussi plus tard dans la journee de voir ce pauvre caiman etre exibe par notre guide qui le porte a bout de bras comme un trophee. « Prenez les photos » dit-il. Nous reprenons alors notre reflexion sur l’impact du tourisme dans des zones aussi reculees et fragiles. Ne sommes-nous pas aussi responsables ? Certainement.
Il n’en reste pas moins que le lieu est un petit bout de paradis ou nous passons un tres tres bon moment et nous profitons de toutes les explications de Dulce, natif du coin. Il nous raconte des anecdotes a la pelle, surtout celles susceptibles de susciter des reactions telles que « Vraiment !», « Ouaaah ». Nous aimons particulierement celle du chien de son pere mange par un anaconda. Son pauvre pere qui a perdu quatre phalanges mangees par des piranhas. Dans des milieux aussi hostiles ou rodent des betes les plus inattendues, il n’est pas implausible que ce genre de choses se passent mais Dulce est un conteur plus que tout et il sait tenir son public en haleine en en rajoutant un chouilla. Nous en jouons avec lui. Ce qu’on ne saura jamais en revanche c’est s’il y a vraiment un anaconda dans les environs de nos cabanas et dans la riviere mais il s’est bien garde de nous le dire avant que nous n’allions nager et nous l’annonce tranquilement le lendemain seulement. Sacre Dulce.
Nous partons la journee dans la jungle. Mais avant de commencer, chaussees de hautes bottes en caoutchouc qui nous rendent tres sexys, nous cueillons des achiote que nous ouvrons pour prendre leurs graines rouges. Ces petits fruits hirsutes servent egalement pour teindre les vetements et donner de la couleur a la nourriture. Mais nous les utilisons nous pour nous marquer le visage tels les chasseurs cueilleurs. Pensons a ce peuple d’Amerique Latine, les Ona, qui se peignent des traits paralleles sur le visage les jours ou ils se sont reveiller de mauvais poils pour que leur entourage soit averti. Imaginez aller au bureau le matin avec trois bandes rouges paralleles sur les joues pour faire comprendre a votre patron que ce n’est pas le moment de vous demander un truc chiant ! Ca serait plutot amusant.
Nous marchons depuis moins d’une heure quand Dulce nous fait signe d’arreter. Il parle doucement et regarde au loin quelque chose que nous ne percevons pas encore. Nous croyons a une mise en scene pour nous faire peur. Qu’a t il bien pu inventer ? Nous distinguons effectivement sur une branche a quelques metres de nous, une forme marron qui ressemble a un serpent enroule. Il nous demande de ne pas faire de bruit ni de mouvement brusque. Il dit qu’il doit le tuer car il est dangereux et pourrait attaquer les prochaines personnes qui passeront par la. Nous lui disons qu’il y en a de toute facon beaucoup d’autres comme lui pas loin et que le tuer ne changera peut etre pas grand chose. Mais il a l’air determine. Il prend un grand et fin bout de bois. Il s’avance a pas feutre. On se croirait alors dans un film. Il se rapproche, doucement et soudain frappe fort et d’un coup sec. La tete semble avoir vole et nous croyons un instant que nous allons voir deux morceaux mais non, le pauvre vit encore. Le corps entier a vole et se retrouve plus bas pres de la riviere qui continue de couler comme si de rien n’etait, imperturbable. Dulce s’elance vers lui arme toujours de son super bout de bois. Sa proie ne sait pas qu’elle a encore pour de longues minutes d’agonie devant elle. Dulce essaie de nouveau de frapper mais la peau est elastique et ne cede pas si facilement. Il le fait donc glisser le long du bout de bois pour le mettre sur une pierre et etre a meme de l’attrapper a la main. Il lui tient la tete enfoncee sous le bout du baton et passe son pouve et son index sous la tete. De la main il tient le corps, de la gauche la tete, soigneusement pincee et remonte victorieux pour nous montrer son trophee. Le serpent bouge encore, meme imperceptiblement et nous insistons pour qu’il en finisse une bonne fois pour toute. Mais il veut se faire photographier avec avant. Puis il sort son superbe couteau a la lame...non aiguisee. Indiana Jones aurait fait mieux. Le couteau lui meme peine a couper la tete et le cinema dure encore un moment. Enfin, la scene finale nous laisse perplexe : il lance la tete d’un cote dans les fourres et le corps de l’autre dans le lit de la riviere pour ne pas que les deux puissent s’unir de nouveau. Il s’agit peut etre d’une croyance locale. Dans tous les cas nous sommes une nouvelle fois sceptiques !
Apres une belle marche au son des oiseaux, nous debouchons devant une haute et fine cascade qui se jette dans une petite vasque. De beaux arcs-en-ciel nous invitent a nous baigner et nous nous rafraichissons ainsi un moment avant de voir Dulce revenir avec d’enormes feuilles en forme de coeur qui couvrent tout notre buste et avec lesquelles nous sommes senses nous secher. L’aventure continue et nous sommes invitees a jouer les Jane et Tarzan accrochees a une liane. J’ai souvenir que ma soeur s’etait cassee le nez en Australie de cette facon pendant son tour du monde il y a dix neuf ans et je suis un peu hesitante. Mais voyant que la liane a l’air solide je m’elance egalement.
Plus loin nous observons une compagnie de grosses fourmies comme nous n’en avons pas chez nous aller et venir le long d’une route bien definie et porter de petits bouts de feuilles, decoupes avec precision. Quelles bosseuses. Une fois deposees, les feuilles sont mastiquees et reduites en farine qui sera transportee dans leurs galleries. Et que fait la cigale pendant ce temps ? Elle chante ! Lors d’une nouvelle excursion le lendemain nous aurons l’occasion de voir egalement une fourmilliere geante. Des sorties de galleries par centaines, un monticule enorme et des millions de be-betes qui s’affairent de tous les cotes. Nous nous emerveillons beatement devant ces petites choses de la vie qui nous emeuvent pour leur simplicite mais qui sont l’essence meme de la vie.
Dulce nous mene pres de la riviere que nous traversons dans un canoe. Roberto, un quichua de la communaute ou nous allons, nous mene a l’autre rive sans encombre mais nous sommes six dans ce canoe taille dans un seul arbre et la ligne de flottaison est bien en-deca de ce qu’il faudrait. Il ne manque pas grand chose pour que nous fassions tous un petit plongeon. Apres avoir regonfle les grosses bouees noires que nous allons utiliser, Dulce nous donne quelques instructions sur la facon de proceder. Nous allons descendre la riviere jusqu’a nos cabanas a plat ventre sur les bouees. Mais il y a deux passages de rapides a bien gerer. L’eau est fraichouille a ce moment de la journee ou le soleil est deja cache derriere les arbres et Pauline et moi regardons avec envie Julie et Maud restees au sec dans le canoe qui va nous suivre.
A deux sur une bouee, nous nous laissons entrainer par le courant le long des berges et observons a loisir les oiseaux au ventre jaune, symboles de la region tant ils sont nombreux. Le premier passage delicat est en vue. Nous tenons Dulce et son « assistante » par les mains pour solidifier notre radeau de fortune. Ca remue fort mais et nous buvons quelques tasses mais nous retrouvons rapidement les flots plus calmes. Les couleurs de la nuit tombante remplacent petit a petit celles de fin d’apres-midi. Des vols d’oiseaux passent au-dessus de nous avant d’aller se coucher. La foret nous entoure. Peut-etre les anacondas egalement. Nous suivons les indications de Dulce qui nous indique s’il faut que nous passions plus a droite ou a gauche pour eviter les hauts fonds.
- « To the left »,
- « ok, to the left »,
et nous battons des pieds et brassons des mains vers la gauche.
Et puis soudain, nous nous regardons, interloquees. Qu’est ce donc ce bruit, ce grondement sourd que l’on entend au loin ? A ce moment, Dulce, comme s’il avait lu dans nos pensees, nous dit de nous tenir pretes pour le second passage qui, nous apprend-il, est plus mouvemente que le precedent ! Ca ne laisse rien augurer de bon. Plus ca bouge plus il faut battre des pieds pour se stabiliser. Alors, avant meme d’etre a l’endroit fatal nous commencons a nous entrainer et battons fort des pieds. Mais mainteant, en plus de l’entendre, nous le voyons ! Est-ce vraiment une bonne idee ? De tout facon nous n’avons plus le choix et ce n’est pas le moment de reflechir. Dulce et sa partenaire passent quelques metres devant nous et nous avons a peine entame la descente que nous voyons la jeune fille tomber de la bouee !!! J’ai tout juste le temps de voir que Dulce l’a rattrappee que nous continuons notre precipice...Effectivement ca bouge plus, bien plus, des vagues nous soulevent a 90 degres et nous manquons nous aussi de chavirer. Nous nous cramponnons l’une a l’autre, a la bouee, a tout ce que nous pouvons. Quelques tasses, brassages, battements de pieds et nous sortons de la. Eh bien, nous nous en sommes sorties et c’etait plutot amusant. Le rythme redevient doux et nous sommes bercees par le courant qui nous porte vers une petite plage de sable ou nous allons attendre le canoe. Il tarde a arriver et nous nous demandons ce qui se passe. Quand Maud et Julie sont enfin en vue, elles nous expliquent qu’ils etaient bloques par des pierres et que Maud a du sortir aider a pousser. La pauvre est completement trempee. Aucune d’elles ne veut nous remplacer et nous rentrons jusqu’aux cabanas en barbotant dans l’eau qui commence a etre bien caillante. En chemin nous nous faisons la remarque que si nous restons sur cette bouee nous arriverons a Belem, sur la cote atlantique au Bresil ou nous serons de toute facon dans un mois pour aller prendre le cargo. C’est surement plus rapide que les heures de bus qui nous attendent et ca serait rigolo de descendre l’Amazone. Mais Mike Horn l’a fait et ce n’est pas de notre niveau. (M. Horn est l’auteur de Latitude Zero qui relate son tour du monde sans moyen de transport motorise en suivant la ligne de l’Equateur. Son livre est une ode a la combativite et a la puissance du mental. Avant cela, il a effectue plusieurs voyages d’aventures notamment au pole nord avec sa femme et ses filles et la descente de l’Amazone en kayak).
Apres le diner nous remettons nos bottes pour aller chercher les caimans. Comme quelques mois plus tot a Borneo ou etions allees chercher les crocodiles (en vain !), nous nous munissons de nos frontales pour eclairer les petits yeux qui devraient alors nous apparaitre plus facilement. Les instuctions de notre guide sont claires : marcher doucement, parler peu ou a voix basse et se tenir par le pull, les uns derriere les autres. Ces dernieres mesures ne manquent pas de nous faire sourire. La lune est pleine et facilite notre marche a travers une vegetation epaisse et dans les marais boueux. Nous pataugeons plus que nous ne marchons pendant pres d’une heure avant d’apercevoir nos premiers yeux. Mais quelqu’un fait craquer une branche et hop, ils disparaissent dans l’eau. Sur un arbre a portee de main une grosse tarantule tente de finir sa nuit sans etre importunee par de gros lourdeaux de touristes en manque de sensation. Apres s’est gentiement laissee photographier, elle se cache derriere le tronc. Les tortues d’eau quant a elles, se protegent de leurs predateurs sous les pierres ou les troncs tombes. Nous en decouvrons neanmoins quelques unes. La jolie mise en scene que Dulce a preparee a eu au moins le merite de nous faire bien rire, ce qui n’etait pas du gout de tout le monde. Certains prenaient la chose tres au serieux et etait persuade qu’un caiman pouvait a tout moment surgir de l’eau et nous croquer un mollet. La soiree decouverte n’etait pas finir pour nous et nous avons du nous battre dans nos cabanas avec une autre espece qui prolifere dans la region. D’enormes cafards avaient elus domicile sous nos oreillers, dans nos sacs a dos et nos vetement pendant la sortie. Il n’est bien sur pas question de partager nos lits avec ces etres repugnants. Nous nous sommes bien et avons gagne la bataille. Mais pas la guerre puisque le lendemain ils etaient de retour. Et qui sait s’ils ne sont pas venus la nuit, a notre insu faire une petite visite de courtoisie.
Le lendemain nous effectuons une derniere marche dans la jungle avec de retourner a Banos. Nous montons doucement vers un promontoire d’ou la vue s’etend sur des kilometres jusqu’au volcan Sansay et permet de voir les meandres du Pastaza, que nous avons descendu la veille en bouees. Une nouvelle fois nous nous balancons telle Jane le long d’une corde attachee a une haute branche. Mais nous passons au niveau superieur par rapport a la veille. Il ne s’agit plus d’un petit saut de quelques metres. Le mouvement de cette fausse liane nous emmene loin de notre point de depart toucher les feuilles et atteindre presque la canopee. Mais ce n’est que l’entrainement et Dulce nous presente la cerise sur le gateau : le niveau ultime. Un rondin de bois permet de se preparer, corde en main, a sauter haut et passer le noeud de la corde entre les jambes pour s’assoire et ne pas rester en tension avec les bras. La pente est tres raide et nous ne voyons meme pas le bas. La liane est deux fois plus grande que la precedente et le balancement nous emmene completement dans le vide au-dessus des arbres en contrebas. La vue est splendide et nous dominons les fleuves que nous observions un instant avant, sagement assises. Nous pouvons imaginer ce que ressentent les oiseaux car nous sommes quelques secondes en suspension dans les airs, seules au milieu de nulle part. Nous jetons dans le vide a tour de role jusqu’a ce que Julie derape en sautant et que le rondin tombe en degringollant la pente pendant des secondes qui semblent interminables ! Heureusement Julie ne s’est presque pas apercu de ce qui se passe et continue son envol.
Nous nous remettons de nos emotions en nous detendant dans des hamacs installes face a ce splendide panorama. Dulce nous fait manger du manioc cru que nous deterrons d’un champ. Mais nous ne sommes pas repues et heureusement un en