Tasmanie et traversee de la mer de Tasmanie vers la Nouvelle Zelande

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Australie - Tasmanie
de Camille, le 00-00-0000

Tasmanie et traversee de la mer de Tasmanie vers la Nouvelle Zelande

Le Spirit of Tasmania est un énorme paquebot qui relie quotidiennement la Tasmanie à Melbourne. Notre traversée de nuit nous emmène vers un autre Univers.
A Devenport, ville d’arrivée du bateau, nous louons une voiture pour faciliter nos déplacements, les transports publics étant peu développés !
Apres avoir roulé à travers un paysage qui se rapproche fortement de celui de nos campagnes et avoir alors eu notre ¼ d’heure mélancolie, nous arrivons à Francynet National Park un des joyaux de la Tasmanie. C’est l’anniversaire de la maman de Pauline et pour ne pas appeler en pleine nuit nous attendrons la fin de la journée avant d’entamer notre marche jusqu’à une baie appelée Verre de vin !
En attendant nous passons notre temps entre énormes goélands, petit pingouin et wallaby sur une plage déserte de plusieurs km de long, où nous sommes seules avec les taons qui nous mènent la vie dure. L’eau est fraîche et les courants forts mais l’endroit est féerique.
Après maintes tentatives infructueuses de la carte téléphonique pour appeler Bruxelles, l’email s’avère être plus facile et nous en profitons aussi pour squatter les infrastructures du camping pour notre dîner avant d’aller marcher. Nous entamons donc ce qui doit être selon le Lonely une ascension de 2h à 19h10 ! Bravo les filles pour l’organisation. Tente dans le sac et pti déj pour le lendemain, on ne met qu’une heure jusqu’en haut et 45 min à marcher le long de cette baie verre de vin pour atteindre l’emplacement pour tentes. La baie est entourée de montagnes et la plage forme un croissant parfait bordé par des eaux turquoises. Là aussi trop frais pour faire trempette d’autant qu’on arrive à la tombée de la nuit. Différentes sortes de marsupiaux viennent jusqu’aux tentes à la recherche de nourriture et nous pouvons même caresser un wallaby.

Sur la route qui nous mène à la presqu’île sud et Port Arthur le lendemain, ancien centre de bagnards, nous prenons par 2 fois des auto-stoppeurs.
Le développement de la Tasmanie et de l’Australie en général s‘est dans un premier temps fait « grâce » au déportement de plusieurs centaines de milliers de bagnards condamnées aux travaux forcés, pas nécessairement à vie et qui par la suite pouvaient développer leur activité commerciale ou agricole. Les habitants de la Tasmanie portent le poids de l’Histoire et sont parfois perçus comme des descendants de bagnards !
Malgré des panneaux d’informations visant à sensibiliser la population aux problèmes environnementaux, la Tasmanie continue de déboiser dramatiquement à un rythme effréné ses forêts de bois rares qu’elle vend aux japonais. Des pans entiers de montagnes nus visibles de très loin nous font penser au drame de la Malaisie. Quand l’argent est plus fort que le futur de nos petits enfants et la préservation d’un écosystème ! nous sommes écœurées.
Tous les soirs nous campons à l’abri des regards dans des endroits isolés ce qui, outre l’économie non négligeable d’environ 15€ nous permet de découvrir des endroits où nous ne serions peut-être pas allées autrement.
A Hobart, la capitale d’état, nous nous mettons à la recherche d’un bateau pour la Nouvelle Zélande, notre prochaine destination. Trois voiliers à quai partent prochainement mais aucun n’a besoin d’équipage. Un jeune couple nous fait clairement comprendre qu’il veut être seul, ce qui se comprend aisément. Un autre couple à la retraire ne repart que dans quelques mois. Le 3ème est une famille avec 3 enfants. Ces derniers nous ont donné leur contact pour qu’on aille les voir une fois sur place ! Sympa mais nous sommes toujours sans grand espoir jusqu’à ce qu’on apprenne que le festival de bateau en bois, calqué sur le modèle de celui qui se tient à Brest tous les 4 ans, va avoir lieu dans quelques jours. Grâce à un couchsurfer chez qui nous passons une nuit (sur son bateau), on rencontre un couple (vivant eux aussi sur leur magnifique voilier avec leurs 2 enfants) volontaire pendant le festival qui nous permet de nous faire également inscrire comme volontaires. Apparemment plusieurs bateaux de NZ devraient venir ce qui nous donne une grande vague d’espoir.
Dans le même temps, nous recherchons un Monsieur rencontré à Baku quelques 6 mois auparavant en attendant le bateau pour le Kazakhstan. Jan, tchèque de naissance, a immigré en Australie il y a 30 ans. Il nous avait dit qu’il vivait en Tasmanie, dans un petit village du sud sur les bords de la rivière principale et avait son bateau à quai devant chez lui. Cet homme de 68 ans nous avait paru bien atypique mais surtout extrêmement intéressant, ouvert et aventureux. Il ne nous en faut pas plus pour nous lier d’amitié avec lui durant ces quelques jours.
Quand nous lui avions dit que nous allions aussi aller en Tasmanie, il nous avait répondu nonchalamment sans trop y croire : « Passez me voir, je vis à Franklin ; demandez juste Jan le Bohémien ils me connaissent tous ». Originaire de Bohème, il est fier d’afficher devant sa maison un panneau disant : Bohemia. Il est l’original du coin mais ce n’est pourtant pas par ce biais là qu’il est connu. A Frankin nous rentrons dans le premier café et demandons Jan le Bohémien à la jeune serveuse. Elle ne connaît pas. Mais une cliente installée derrière et qui a entendu notre requête nous demande : « Do you mean the bushwalker ? » Vous voulez dire le marcheur ? Oui, il marche effectivement beaucoup. Elle nous indique une maison, une centaine de mètres en dehors du village et nous apercevons quelques minutes plus tard, cachée derrière de hauts arbres et arbustes touffus, le toit d’une charmante maison construite sur le modèle tasmanien avec le fameux panneau bohemia.
Quand nous frappons à la porte et qu’il ouvre nous savourons sa réaction : « So, you did it ! »
Pas de bonjour, à peine une once de surprise dans le regard, peut être un éclaire de fierté que 2 jeunes femmes soient venus de l’autre bout du monde jusqu’à Franklin (un des villages les plus septentrionaux du monde) pour lui rendre visite et Jan de nous dire : « Donc vous l’avez fait ! » Nous lui avions dit que nous souhaitions faire le tour du monde sans avion et.lui qui a voyagé dans plus de 100 pays nous avait écoutées avec un soupçon de doute quant à la réussite de notre projet.
Jan parle anglais avec un très fort accent mais doucement et avec emphase ; la moindre anecdote ou histoire qu’il raconte se transforme en spectacle et prend des heures. Nous passerons donc 6 nuits dans la maison aux esprits, à faire revivre mille et une aventures dont il nous conte les moindres détails. La fuite de son pays peu après l’arrivée des russes, ses 9 mois de voyage par la terre aussi, comme nous, pour arriver en Tasmanie. Nous ferons aussi quelques heures de voile sur son 9 mètres histoire de rafraîchir de vielles connaissances pour moi puisque Pauline navigue depuis des années et maîtrise bien la chose. Choquer, border, empanner, virer de bord, tous les termes à apprendre en anglais, mais Jan est un très bon pédagogue et nous montre même les nœuds dont nous aurons à nous servir. Jibing, jib, main sail, clove line, à la fin de la journée nous sommes prêtes à montrer aux capt’ains ce qu’on sait faire ! Si peu en fait de mon côté mais il faut bien bluffer !
Tous les vendredis soirs Jan joue dans le pub du coin avec ses potes musiciens et nous convie à venir l’écouter. Lui qui joue depuis des années de l’accordéon, dont il nous fera des concerts privés dans sa maison, et de la guitare, il a décidé de se mettre au piano il y a quelques années et met maintenant le feu à la petite salle du pub en chantant! Quel talent. On a l’impression qu’il connaît tout sur tout ….et c ‘est un peu vrai ! Nous découvrons tous les jours un nouveau domaine de compétence.
Mais ce qu’il maîtrise mieux que tout, à part l’art de tenir son public en haleine, l’art de mettre à l’aise ses convives, de vivre en harmonie avec la nature et de tout recycler et utiliser à bon escient jusqu’au bout, de voir la vie comme un vol d’oies sauvages et d’afficher dans toutes les circonstances un air résolument optimiste, de faire partager ses passions et de continuer à s’émouvoir de manière très touchante des choses les plus simples du quotidien, de faire de la planche à voile tous les jours à 18h précises sur la rivière devant chez lui et des exercices de mise en forme tous les matins sans exception depuis 31 ans, à part tous ces traits de caractère là, Jan est un fabuleux gourmet et un fin cuisinier. Il nous fait l’honneur de partager avec nous les fameux dumplings à l’abricot de Bohème cuisinés la veille pour ses filles venues lui rendre visite. Il nous fait aussi l’honneur, à voir nos mines réjouies de partager la recette avec nous. Et nous voilà en train de cuisiner avec lui ce mets délicieux constitué d’abricots de son jardin (de la taille d’une petite pomme et juteux et sucrés et…..on en a encore l’eau à la bouche, les meilleurs qu’on n’ait jamais mangés), de pomme de terre pour faire l’emballage et de semoule. Pour la garniture, sucre glace, beurre fondu et graines de pavot ! un petit beignet vapeur, un régal ! Jan nous encourage dans notre recherche de voilier et c’est le cœur bien triste que nous le quittons pour le festival où nous serons volontaires 4 jours. Jan est un grand monsieur, un artiste (il faut voir son jardin et la façon dont tout est disposé dans un but bien précis), un poète, un compositeur (entendez ses chansons, vous en aurez des frissons), un homme cultivé, attendrissant et attendrissable qui nous a fait partager de belles émotions et à qui, on espère, on a permis de dévoiler ce que peu savent, nous qui avions voyagé avec lui en pays « fou », nous qui sommes allées marcher avec lui dans un des parcs nationaux les plus beaux de Tasmanie, nous qui le comprenons et avons écouté avec intérêt ses récits. Nous avons été un intermède dans son quotidien, il a été source d’une nouvelle énergie dans le notre ! Jan restera certainement notre rencontre la plus marquante.

Pendant le festival nous allons multiplier les rencontres et distribuer la présentation de notre projet que nous avons imprimé. Nous allons d’une marina à l’autre presque tous les jours pendant 10 jours, dans le port tout le monde nous connaît et sait que nous cherchons à embarquer pour la NZ. Nous faisons partie de l’équipe de nettoyage de la zone restau et l’ardeur que nous mettons à la tâche nous fait gagner le respect des organisateurs qui redoublent d’énergie pour chercher avec nous le voilier qui aura la chance de nous avoir à bord ! En vain pourtant et nous décidons donc de chercher un voilier pour Sydney en se disant qu’on se fera une bonne expérience à faire valoir pour se faire prendre comme skippeurs une fois là-bas. Un gars sympa nous accepte mais ne part pas avant 10 jours ce qui nous retarderait dans notre parcours.

Bill rencontré sur son voilier nous fait savoir que son ami Warren arrive de Cairns pour partir sous peu en NZ. Nous attendons avec impatience l’heure du rendez-vous. Nous nous rendons à la marina et nous nous présentons. Un beau 14 m, magnifique à l’intérieur. Mais nous avons droit à un interrogatoire digne des meilleurs inspecteurs de police. Est-on malade ?sous traitement ? diabétiques ? malade en mer ? combien de miles avons-nous déjà parcouru ? les détails de notre expérience sur l’eau ? Pas franchement aimable et surtout pas clair sur ses intentions. Il doit rencontré l’ami avec qui il faire la traversée. Ce dernier lui présente un 3ème homme pour faire équipe avec eux et ce Warren nous prévient qu’il ne veut que 4 personnes max, après « on se marche dessus » ! Il faut voir l’espace du bateau ! Il nous convie au bar du Yacht club pour boire une bière et nous retrouvons Bill et Jakie sa femme. Il se retire pendant près d’une heure et revient avec ses 2 potes, également la cinquantaine bien tassée. Encore 30 minutes de discussion autour de la table, de tout et de rien pour finalement nous dire au détour d:’une phrase : « so, it’s not going to be possible ! » Ah bah merci, vous étiez obligé d’attendre 2h pour nous dire ce que nous saviez depuis le début ! Excuse bidon (pas assez de place pour 5 personnes) pas digérée mais nous comprenons bien qu’il préfère être seul avec des hommes de son âge qu’avec 2 nanas qu’il ne connaît pas ! Notre déception est visible et Bill et Jakie, pour nous réconforter, nous invitent à venir les voir sur leur voilier à Sydney où ils retournent nous peu ! Merci mais notre dernier espoir vient de s’envoler et il va maintenant nous falloir tout recommencer.

Quelle énergie dépensée, discours rodé répété cent fois, niveau du moral qui suit les courbes du cac 40, bref nous repartons chercher nos sacs au festival le moral en berne et peu motivées pour aller faire la conversation chez le nouveau couch surfer qui doit nous accueillir ce soir. L’équipe nous dit au revoir en nous remerciant encore pour l’aide que nous avons apportée. Nous avons en effet rencontré des gens fabuleux et d’une gentillesse incroyable. Les australiens sont comme ça : naturellement gentils et abordables, serviables, généreux et souriants. Pas de faux semblant ou d’hypocrisie. On se sent tout de suite à l’aise et on a vite l’impression de se connaître depuis toujours. Alors un grand merci à eux de nous avoir remonté le moral au retour de ce désastreux rendez-vous.

Dépitées, on s’offre un bon fish&chips, poisson, calamar et frittes qu’on mange sur un banc, nos gros sacs au dos, comme des malheureuses. Mais c’est sans compter sur la fin de soirée, porteuse de bonne nouvelle et ce retournement de situation jamais vu qui dépasse l’entendement!

David et Cynthia viennent nous chercher et nous font passer une fin de soirée délicieuse dans leur charmante maison sur les hauteurs de Hobart d’où nous profitons du feu d’artifice tiré en l’honneur d’un jour férié local. Nos plans ne sont pas encore bien définis mais il est clair que nous allons partir au plus tôt, certainement le lendemain matin. Avant d’aller dormir, il nous propose de voir nos mails. Aller, peut-être y aura-t il de bonnes nouvelles pour s’endormir sur une note positive. J’avais envoyé un jour avant un mail à plusieurs marinas de Sydney et Melbourne en leur demandant de bien vouloir afficher notre présentation de projet et l’annonce, attachés au mail. J’expliquais notre démarche et disais qu’on arrivait bientôt.

Je découvre donc en ouvrant mes mails qu’une secrétaire de marina de Melbourne a gentiment répondu et dit qu’elle a affiché l’annonce. Parfait. Mail suivant d’une personne que je ne connais pas et dont le tire est : voilier pour NZ !!!!!!!!!!! Quoi ???? J’appelle Pauline toujours en bas avec David. On lit le mail à 2 et on se regarde incrédules et circonspectes : le mail dit : « Nous partons demain matin ». Il est 23h30, nous sommes dans le sud de la Tasmanie et Melbourne est à 8h de bus, 1h de bateau puis 1h de train jusqu’à leur marina. Impossible de les contacter, ils n’ont pas de portable. David, encore plus motivé que nous, insiste pour qu’on tente d’appeler la marina mais comme on pouvait l’attendre, pas de réponse.

Que faire donc ? On ne peut pas laisser passer cette chance. Pourtant les solutions ne sont pas nombreuses : prendre un avion demain matin à 6h et être à la marina avant leur départ ce qui implique de se lever à 4h30, de payer le taxi jusqu’à l’aéroport pour ne même pas être sûr de les y trouver ; l’autre option, celle que nous choisirons, consiste à appeler la marina à l’ouverture le lendemain matin pour leur demander de parler à Didier, le capitaine. Après avoir été pendant plusieurs heures déçues, nous sommes de nouveau pleines d’espoir et nous nous endormons en ne voulant pas trop y croire. Quand nos sacs seront sur le bateau on y croira.
David nous laisse gentiment utiliser son téléphone et la secrétaire de la marina qui avait affiché notre annonce, fait appeler Didier. La communication coupe tout le temps et il est difficile de lui poser nos questions mais l’accord est passé, ils nous attendent jusqu’à ce soir et reculent leur départ pour nous. Cette fois l’excitation nous gagne vraiment ; une fois encore on ne veut pas trop se faire d’illusion mais ça semble bon et on a le sentiment que nous embarquerons sur ce bateau. David nous dépose en ville et la course commence. Mails aux familles et amis pour les prévenir, achat du billet d’avion, bus jusqu’à l’aéroport. A ce stade là du récit il nous faut préciser que si nous nous permettons de prendre l’avion c’est que nous avons déjà fait exactement le même chemin par voie maritime et terrestre ce qui ne constitue donc pas une violation de notre « règlement » implicite !
A Melbourne une autre course commence : faire des achats de nourriture pour ne pas arriver les mains vides et s’assurer des formalités administratives nécessaires pour l’entrée en NZ par la mer. Je cours à l’autre bout de la ville au consulat avant la fermeture, il ne me reste que 20 min.. Là on me dit que ce n’est pas le bon endroit pour les visas et qu’il me faut aller à Sydney. J’explique notre cas et l’employée me fait la faveur d’appeler elle-même Sydney sur le portable de son contact car les bureaux sont déjà fermés. Soulagement lorsque la personne au bout du fil confirme que nous n’avons pas besoin de billet d’avion de retour et qu’une lettre du capitaine stipulant que nous sortons du pays avec lui suffit.

Je cours de nouveau jusqu’à l’internet café où m’attend Pauline et nous allons à la gare prendre le train pendant 45 min jusqu’à la marina. A mesure que nous approchons la tension augmente. Nous envisageons différents scenari possibles : ils veulent nous voir avant de décider et peuvent encore dire non comme Warren, pourquoi ont-ils acceptés si facilement sans nous connaître et sans poser de question sur nos compétences ? D’autant que, ne parlant pas anglais, ils n’ont pas pu lire notre annonce qui détaille nos parcours et nos expériences. Didier au téléphone m’avait prévenu que si la porte était fermée, nous devrions passer par-dessus la grille. Chargées de nos sacs et des courses nous marchons donc plus de 20 min avant d’apercevoir ce que nous croyons être l’entrée de la marina. Effectivement la grille est fermée et nous escaladons comme des voleuses. Le lancé de sac de 20 kg restera comme un souvenir à mi chemin entre rigolade, ridicule et peur de se faire attraper dans une posture pas très sexy !

Evidemment quelques mètres plus loin on se rend compte que ça n’était pas la bonne entrée. Nous demandons aux hommes en train de boire une bière au Yacht club s’ils connaissent le Nosy Breizh, le voilier. Non ! Se fiant aux indications données par Didier au téléphone, on poursuit le long du ponton à la recherche d’un bateau à pavillon français (il ne doit pas y en avoir beaucoup) et bleu à bandes jaunes. Il apparaît comme dans un rêve, tout au bout du ponton, sur fond de coucher de soleil illuminant Melbourne au loin. On essaie de se calmer pour ne pas montrer notre enthousiasme débordant et on arrive près de Didier qui dès les premiers instants saura nous mettre à l’aise et nous faire comprendre qu’il n’y a pas besoin de passer le test dit de Warren.

Il nous fait visiter son très beau 12.7 mètres et nous engage à aller faire quelques courses supplémentaires. 5 minutes après notre présentation nous sommes reparties vers le supermarché qui se trouve être à l’autre bout du quartier. Notre chariot est vite rempli pour 15 jours de bouffe et la seule option que nous ayons pour ramener tout ça au bateau c‘est le chariot lui même. Les passants nous regardent interloqués. Ca ne se fait pas vraiment ici mais leur grande indulgence les invite à ralentir pour nous laisser traverser le rond point avec nos victuailles ! En chemin on s’arrête pour un dernier appel à Jan et à David qui nous ont soutenues tout le long. Nous sommes émues. Ça y est, nous y sommes, on part, après des mois de doute quant à la faisabilité de ce trajet. Nous avons réussi.

Didier voyage depuis la Réunion avec Benjamin, 44 jours de mer et une grosse tempête. Ils étaient voisins de ponton pendant 3 ans et Didier retourne vivre à Nouméa en Nouvelle Calédonie ; Benjamin lui volera pour retrouver son bateau avant de reprendre la mer pour l’Afrique du Sud et terminer son tour du monde commencé il y a 5 ans. Nous avons donc eu la chance de rencontrer ces deux phénomènes qui sont, en plus d’être extrêmement sympathiques, rigolos bon vivants et ouverts, de très bons marins, expérimentés et sérieux.

Le soir même après un bon barbec’, nous mettons les voiles. Très vite on se rend compte que ça ne va pas être facile à cause du vent contraire et Benjamin et Didier proposent de rentrer et de repartir le lendemain matin. Nous accostons donc de nouveau et savourons notre dernière nuit près des côtes.
Le vent est encore contre nous et la houle nous ralentit, nous progressons très lentement. Après une longue journée nous décidons de mouiller sur une belle plage où nous nous baignerons le lendemain matin avant de repartir.

La sortie de la baie de Melbourne se fait avec la marée descendante et je barre en surfant sur les vagues. A peine sommes nous sortis de la passe, l’embouchure très étroite pour sortir de l’anse, que les vagues, le courant et le vent sont brusquement beaucoup plus forts. Didier barre pour sortir de là. Le vent est dans notre nez nous naviguons au près et de ce fait devons tirer des bords. Nous avançons lentement. Après une nuit à naviguer au près sur bâbord et notre lit étant à tribord, nous mouillons à Philip island pour dormir quelques heures, tous éreintés, mais surtout Benjamin qui a barré toute la nuit. L’endroit est charmant et pour nous remettre de ces 2 jours difficiles, on y passe la journée. On repart le lendemain pour une nouvelle nuit en mer. Beaucoup de houle, le bateau tape après chaque vague et dormir est assez inconfortable mais nous sommes prêtes pour l’aventure et la perspective de faire cette traversée avec eux nous enchante. L’ambiance est extrêmement bonne et on se fait des repas de rois tous les soirs. Pour nous c’est une renaissance gastronomique.

Nous tirerons encore des bords pour atteindre le parc national de Wilson Promontory. Une plage fantastique, l ‘eau turquoise, les goélands avec nous et plein de dauphins qui nagent en suivant le bateau.

Nous gonflons le zodiac pour aller sur terre. Nous avons le mal de terre : la tête tourne et on se sent mal !! l’impression passe vite cependant à mesure que nous marchons sur le sentier qui doit nous mener au centre d’information. Depuis quelques jours nous sommes témoins du drame qui ravage le sud du pays : les feux continuent de progresser et la fumée nous cache parfois le soleil. Nous sommes tristes de voir cela et le sommes encore plus quand on nous demande de repartir, le parc étant lui même en feu. Depuis déjà une semaine il est fermé et tout le monde a été évacué. Un hélico fait la ronde régulièrement mais il est prévu que le feu atteindra le centre d’information d’ici quelques jours. Nous filons au bateau, à environ 45 min de marche de là, effrayés à l’idée que ce que nous voyons là disparaisse dans les flammes.

2 jours de mer nous mènent de l’autre côté de ce promontoire et nous mouillons à Refuge Cove, exactement à l’opposé de là où nous étions allés à terre. Nous sommes seuls bien sur puisque le parc est fermé et nous profitons des kangourous, des cacatoès noirs et des perroquets de toute les couleurs. Les eucalyptus nous embaument mais le lendemain matin c’est le drame, la fumée de feu est de nouveau là, à côté de nous et une pluie de cendres recouvre le bateau qui devient noir très vite ! On pense à tous les animaux, à ce fabuleux écosystème et nous sommes de nouveau tristes.

2 jours encore pour arriver à Eden, notre dernier port avant le vrai départ. Nous rencontrons, à peine accostés, des gens adorables qui nous indiquent où laver les vêtements, prendre une douche, refaire des courses et manger un bon fish and chips. On achète d’énormes moules pour 3 fois rien, de belles crevettes, des huîtres, et les gars refont le plein de bières, de vin et de cigarettes ! on remet de l’essence, de l’huile, on fait un grand nettoyage et mardi 24 février à 14h20, après être allé voir les gardes côtes pour les prévisions météo et les douanes pour avoir un beau visa de sortie, nous mettons les voiles : ça sera 6 jours de super vent, super temps, navigation de fou et quelques otaries et phoques nous accompagnent à la nage comme pour dire au revoir !
Les journées filent à ne rien faire. On se lève, on déjeune, on se recouche ou on lit, quand quelqu’un a faim, on fait à manger. Après manger on se recouche ou on lit encore. Vers 16h on commence nos parties de Tarot. Vers 19h on commence à faire à manger, vers 20h on commence le film. Pas moins de 6 livres lus, 14 films, plus de 2500 km de mer, 1 mois jour pour jour. Certains jours on fait des exercices sur le pont pour se maintenir en forme. On devient de vraies loques. Mais à ce rythme de 150 miles par jour on devrait y être en 8 jours.

C’est sans compter sur le changement de vent : pétole pendant 2.5 jours, c’est à dire pas de vent, on fait du sur place, même on recule parfois !! Si si ! on en profite pour se baigner, en pleine mer de Tasmanie, par 3900 m de fond ! Ca fout les pétoches ! L’eau est platissime, les couchers de soleil dramatiques ! C’est un doux rêve.

Alors pour avancer un peu quand même on met le moteur et à certains moments, alors que nous sommes tous les 4 sur le pont, Didier et Benjamin sautent à l’eau nous laissant seules à bord à devoir arrêter le moteur et faire demi tour pour aller chercher les deux fanfarons ! Il est vrai que c’est un délice de plonger à tout moment au milieu de nulle part. Un jour je monte en haut du mat, aidé de Didier qui m’assure le harnais. La vue à 360 ° est impressionnante, la Terre est bien ronde !

Le moteur 2 jours durant, ça casse les oreilles et ça pollue, aussi est-on content quand le vent revient, même de la mauvaise direction. Nos espoirs d’arriver avant le 5/03 s’estompent.
On pêche un beau thon que Didier nous prépare. On pêchera également des calamars magnifiques que Didier nous cuisinera divinement. Benjamin fait des gâteaux dont une fabuleuse tarte au citron. Qui a dit qu’on ne mange pas bien en mer ? les journées se passent à s’agripper pour faire les 3 m de long du voilier. Ça gîte à bâbord et nous sommes obligées de dormir par terre dans le couloir. Autant dire que nous n’avons pas les meilleures nuits du voyage !
On change d’heure pour avoir maintenant 11h de différence avec vous. Nous sentons à cet instant que nous approchons.

Une cinquantaine de dauphins viennent jouer avec nous. Ils sautent très haut et fond des cabrioles comme dans les parcs aquatiques. Nous sommes subjugués par le spectacle. Ils nagent très vite autour du bateau, et sortent ensemble de l’eau pour sauter plus haut les uns que les autres. Pendant près d’une heure nous n’échangerons que très peu de mots, ébahis par nos compagnons de voyage. Mais le clou de la journée se situe 1h plus tard quand j’aperçois une tâche noire dans l’eau au loin. Didier coupe le pilote automatique et met le cape vers le cachalot. Un petit, moins de 10 m mais reconnaissable à sa bosse et à son œil qui sort de l’eau alors qu’il avance encore. Pendant quelques minutes nous nous scrutons mutuellement. Mais la bête en a marre et on plonge, nous éclaboussant presque de sa grande et forte queue semblable à celle des baleines. Dauphins, cachalot, rien que pour ça cette traversée vaut la peine.

Depuis quelques jours le moral descend. Le près, l’allure face au vent très inconfortable, nous épuise le moral et l’ambiance s’en ressent. On n’avance pas. Moins de blague, moins d’entrain pour jouer au tarot, chacun se terre dans son lit et avale les livres qu’il nous reste. Quand le 5/03 on doit remettre le moteur car le vent baisse de nouveau, nous nous demandons combien de jours encore. Benjamin estime 8. Le cap nord sera en vue le 8/03 à 5h05 du matin après une nuit excitée à guetter le phare.

Nous avions perdu le spi (grande voile utilisée à l’avant pour aller plus vite dans certaines conditions) qui s’était déchiré d’un coup alors qu’on venait de le mettre quelques heures avant. Nous perdons maintenant le foc, ou génois, voile de l’avant. C’est la série. Le lendemain nous déchirerons aussi la grand voile. Décidément ! On en rit heureusement mais on n’avance moins vite aussi.


Les côtes Néozélandaises sont très découpées au nord. Différents tons de vert, des falaises, des grottes, des récifs acérés : nous nous réveillons avec la terre en vue après 13 jours de pleine mer et nous faisons péter les pétards de fête achetés en vue de ce moment.

On a mérité un petit arrêt et une douce nuit. On mouille donc à la première baie qui suit le cap. Plages désertes, belles falaises et sable blanc. On aperçoit même de petits pingouins sur la plage où Pauline et Benjamin se rendent en palmes.

Dernier jour de navigation, on le sait. Si nous sommes tous ravis d’arriver après tant jours (plus de 80 pour nos 2 hôtes), nous sommes aussi tristes à l’idée de voir la fin approcher. Nous formons une belle équipe, très soudée, très proche et nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier. Mais la dernière journée est plus que jamais magique avec une côte exceptionnelle, là aussi découpée mais verte comme nous n’en avions plus vu depuis longtemps. Les îles Cavalli nous offrent un aperçu de la beauté du pays. Nous passons l’après midi sur le pont à jouer au tarot en appréciant le paysage. Le vent est bon, la mer est belle, il fait beau, nous sommes heureux et enjoués, on dit des bêtises, on chante et on fait des paris (gagnés par Pauline et Didier, perdus par Benjamin et moi). c’est l’effervescence mais aussi le moment de prendre le temps pour se dire merci et rappeler qu’on a passé un mois extra. Les 2 compères ont également été ravis de nous avoir à bord après 44 jours seuls depuis la Réunion.
Tout le monde confirme que nous avons formé une belle équipe et c’est la gorge serrée que nous abordons notre entrée dans la Bay of Islands, un des joyaux du pays, pour aller à Opua où Didier veut aborder, où nous entamerons notre découverte de la Nouvelle Zélande.




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